Saint Martin Lys - Voie ferrée Rivesaltes / Carcassonne - Historique

l'objectif de cette page est de regrouper toute les informations que je trouverai sur la voie ferrée qui passe à St Martin lys en complément des pages relatives aux tunnels, au viaduc de Rebuzo et à la gare, du projet de voie ferrée jusqu'à sa fermeture. Les documents qui mériteraient de figurer dans l'historique qui sont déjà en place dans d'autres pages, restent dans leur pages respectives, et ne seront que référencés ici.

Projet

1869

Proposition de tracé - la proposition suivante a été faite sur 3 n° successifs du "Journal des Pyrénées-Orientales1 -

01/10/1969
Le chemin de fer de Perpignan à Bayonne,
par Quillan, St-Girons et Foix. Telle est la question qui, avec celle du chemin de fer d'Amélie, commande et nous impose le concours de toutes nos influences, de toutes nos intelligences, de toutes nos volontés. Devant-elle les compétitions communales doivent s'effacer, les débats politiques doivent se taire, car ils sont fils de la vanité, tandis que les chemins de fer sont les pères du bien-être.
Si l'agitation résultant des luttes spéculatives fait la joie d'un petit nombre, le mouvement qu'engendrent les grands travaux d'utilité publique, les voies de communication surtout, porte chez tous l'aisance et le bonheur matériel, sans lequel tout autre bonheur est impossible pour le commun des hommes.
Les journaux de l'Aude et de l'Ariège s'occupent depuis longtemps de la ligne qui doit relier la voie ferrée de Carcassonne à Limoux et Quillan à celle de Toulouse, Pamiers et Foix.
Ce projet a grandi, parce que l'on n'a pas tardé à comprendre que son complément nécessaire était dans l'exécution d'une ligne qui, partant de Perpignan et suivant la vallée de l'Agly jusqu'à Caudiès, irait se souder dans la vallée de l'Aude, à la ligne, qui réunira à Quillan, les deux sections tracées de Carcassonne et de Foix.
Les Conseils d'arrondissement de Foix et de Limoux se sont occupés de ces projets avec un zèle et une intelligence remarquables.
Les Conseils généraux de l'Aude et de l'Ariège ont émis des voeux pour la prompte exécution de cette voie, et celui des Pyrénées-Orientales a voté une somme de 5,000 francs pour commencer les études de la partie qui doit traverser notre département.
M. Lazare Anduze, membre du Conseil d'arrondissement de Limoux, a publié récemment un travail judicieux et savant, dans lequel il démontre la richesse multiple du pays traversé par le projet ; M. Dagneaux, ingénieur civil, honorablement connu, est venu sur les lieux pour étudier et dresser le projet, et les journaux des départements voisins se sont empressés de vulgariser l'idée, pour la faire fructifier.
Tout est prêt pour cette campagne industrielle, commerciale et patriotique. C'est à nous, Roussillonnais, d'aider ces diverses volontés par la nôtre.
Les Conseils d'arrondissement et les Conseils généraux peuvent beaucoup, mais à la condition que nous les seconderons.
Les écrivains, les économistes, les ingénieurs sont nécessaires, mais ils le sont moins que notre concours.
L'Etat lui-même ne fera rien, si notre initiative ne l'y détermine.
Et voilà pourquoi nous prenons la plume sur ce sujet, résolu à ne la déposer que lorsque nous l'aurons assez bien exposé pour que personne ne puisse dire : « Je ne l'ai pas compris.»
Nous avons avancé que notre patriotisme nous sollicitait en faveur de la ligne entre Perpignan et Quillan, autant que pouvaient le faire nos intérêts industriels et commerciaux.
Le patriotisme consiste à vouloir que la France soit non-seulement grande, riche et prospère à l'intérieur, mais encore respectée des étrangers. Or, pour qu'elle soit respectée, il faut qu'elle soit forte, et qu'aucun point de ses frontières ne puisse être menacé sans qu'une masse imposante de troupes ne s'y trouve immédiatement transportée. C'est pour cela que les chemins de fer stratégiques ont été résolus et que ceux de l'ouest, du nord et de l'est sont terminés ; c'est pour cela que celui du sud doit aussi s'achever dans les conditions les plus propres à la défense nationale.
Qu'on ne nous objecte ni les sentiments de l'Espagne envers la France, ni sa situation politique actuelle. Si l'affection d'un homme est chose incertaine, celle d'un peuple est plus que problématique, et c'est la situation politique mal définie de nos voisins qui nous donnerait le plus d'inquiétudes. Ce ne serait pas la première fois que la péninsule ibérique servirait de champ de bataille aux nations coalisées contre nous.
Les voies stratégiques sont de deux sortes : perpendiculaires ou parallèles à la frontière.
Les lignes de défense perpendiculaires, telles que de Narbonne à Perpignan, de Carcassonne à Quillan, de Toulouse à Foix, de Bordeaux à Bayonne et Irun étant finies, il convient de terminer la ligne stratégique parallèle à la frontière, qui, en servant de base aux lignes perpendiculaires, doit les réunir et les compléter.
Cette ligne est celle de Port-Vendres à Bayonne, passant par Quillan, Chalabre, Lavelanet, St-Girons, Foix etc....., entièrement faite de Port-Vendres à Perpignan, aux deux tiers exécutée de Bayonne à Saint-Girons.
Une des premières conditions à remplir par une ligne stratégique, c'est de procurer une notable économie sur les voies de circuit. Or, celle projetée entre Port-Vendres et Bayonne, par Quillan et St-Girons offre ce précieux avantage de brièveté sur celle qui passe par Toulouse.
D'après l'indicateur des chemins de fer du Midi, nous trouvons, pour aller de Port-Vendres à Bayonne par les voies établies, d'une part :
De Port-Vendres à Narbonne 91 Kilomètres,
De Narbonne à Toulouse 149 id
De Toulouse à Bayonne 322 id
TOTAL 562 Kilomètres.
D'autre part, par la ligne projetée de Port-Vendres à Bayonne par Quillan et St-Girons, nous trouvons : De Port-Vendres à St-Girons 190 Kilomètres.
De St-Girons à Bayonne 280 id
TOTAL 470 Kil. dif. 92 k
C'est donc un raccourci de 92 kilomètres.
Aujourd'hui avec la rapidité de communications que l'on demande à la vapeur, 100 kilomètres de chemin de fer, c'est-à-dire près de deux heures de voyage par la grande vitesse (60 kil. à l'heure), ne sont point à dédaigner.
C'est à ce point que, tout récemment, la construction d'un chemin de fer entre Amiens et Dijon a été réclamée, sous le titre de ligne directe de Suez à Londres. Or, la principale raison d'existence de cette ligne est qu'elle présente un raccourci de 70 kilomètres sur les lignes de Lyon-Méditerranée et du Nord.
Puisque nous avons écrit le nom de Suez, rappelons l'importance que l'ouverture du canal va donner à nos ports de la méditerranée et dont notre Port-Vendres doit nécessairement profiter ainsi qu'il profitera un jour de nos relations avec les grands ports de l'autre côté de l'Atlantique. Nous pourrons dire alors, que la voie partant de Port-Vendres pour aboutir à Bayonne, en se tenant constamment le plus près possible du pied des Pyrénées, est en même temps qu'une ligne stratégique, une voie de communication rapide avec les Indes Orientales et Occidentales, une ligne nationale joignant deux bassins opposés, l'Océan et la Méditerranée, unissant deux ports, Port-Vendres et Bayonne, appelés, dans un avenir prochain, à une vie plus active.
Ce sont là des considérations qui ne peuvent pas avoir échappé à la sagesse du gouvernement ; et si nous y joignons celle tirée de la direction de la ligne, nous demeurerons convaincus que l'Etat entrera volontiers pour une large part dans la construction de la voie projetée.
En effet, la ligne se déroule – dit M. Lazare Anduze - au pied des forêts domaniales qui se trouvent comprises entre les départements de l'Aude et de l'Ariège, et elle aurait pour résultat immédiat, en facilitant les moyens d'exploitation de ces mêmes forêts, de donner une plus value considérable à des immeubles qui, dans les circonstances actuelles, ne valent pas moins de 30 à 40 millions.
Ainsi tout se réunit pour exciter la sollicitude de l'Etat en faveur de la ligne projetée : l'intérêt de la défense nationale, l'avantage de relations extérieures plus faciles et conséquemment plus nombreuses, l'augmentation des revenus du trésor public.
Mais à ces considérations viennent s'en joindre d'autres pour le moins aussi puissantes sur les décisions du gouvernement, car elles sont tirées de l'intérêt particulier des populations, et cet intérêt parle haut, nous le savons, à l'esprit des grands corps de l'Etat et du Souverain.
Nous aurons à nous occuper prochainement de cette partie de notre étude ainsi que du tracé indiqué par M. l'ingénieur Dagneaux. Contentons-nous pour aujourd'hui, d'avoir appelé l'attention de nos compatriotes sur la ligne de Perpignan à Bayonne par Quillan et St-Girons.
A. BLANC.

01/10/1869
Le chemin de fer de Perpignan à Bayonne,
par Quillan, St-Girons et Foix. Le chemin de fer sur lequel nous appelons l'attention de nos lecteurs est donc une affaire de convenance et d'utilité pour l'Etat. Ajoutons que les intérêts des départements de l'Ariège, de l'Aude et des Pyrénées-Orientales y trouveront une large satisfaction.
Nous n'avons pas la prétention de faire pour les Pyrénées-Orientales un travail semblable à celui que M. Lazare-Anduze vient de publier pour l'Aude: (Paris,imprimerie administrative de Paul Dupont) il nous faudrait des loisirs que nous n'avons pas et une aptitude qui nous fait défaut tandis qu'elle abonde chez l'honorable conseiller d'arrondissement de Limoux. Mais nous espérons que, le moment venu, il rencontrera parmi nos mandataires à divers degrés quelque économiste ou statisticien pour détailler les ressources qu'offre la vallée de l'Agly à la compagnie qui se chargera de notre embranchement sur Quillan.
Il est bon, croyons-nous, de rappeler, en cette circonstance, que c'est moins le bon marché qui fait la richesse d'une ligne, que le mouvement d'affaires déterminé par cette ligne.
Ici, quelque fertile que soit notre vallée de l'Agly, quelques facilités que la nouvelle ligne doive présenter à l'écoulement de nos vins, de nos huiles, de nos fruits, nous serions peut-être assez embarrassés si nous ne considérions pas les avantages qui en résulteraient pour nos approvisionnements en bois de chauffage et de construction, en grains, farines, animaux de boucherie et produits manufacturés, objets de première nécessité que possèdent en abondance les départements de l'Aude et de l'Ariège.
“Si le département des Pyrénées-Orientales - dit M. Lazare-Anduze - doit trouver d'immenses bénéfices dans l'échange de ses produits avec eux des départements de l'Aude et de l'Ariège, quel vaste horizon ne s'ouvre pas devant ce département plus spécialement encore peut-être que pour les autres départements sous-pyrénéens, en présence de l'achèvement prochain du percement de l'isthme de Suez, alors que tous les objets importés d'Orient, et en transit du bassin de la Méditerranée dans le bassin de l'Océan, doivent nécessairement converger vers Port-Vendres et trouver dans la nouvelle ligne ferrée, la voie la plus directe, par suite, la plus courte et la moins onéreuse.”
A ces considérations, la brochure que nous avons sous les yeux, ajoute celle de la richesse qu'apporterait aux nombreuses stations thermales, échelonnés sur les flancs des Pyrénées et ainsi reliées les unes aux autres, l'achèvement du réseau sous-pyrénéen.
Enfin comme complément de cet exposé, nous rappellerons les avantages inhérents à la facilité des communications qui serait donnée aux populations de l'Est et du Nord de l'Espagne avec nos départements méridionaux.
“Faciliter les communications - ajoute M. Anduze - c'est agrandir le cercle des transactions, et l'on sait l'importance de celles qui se font tous les jours avec l'Espagne, principalement en laines, malgré les difficultés, les entraves de toutes sortes qui sont actuellement, dans le pays. Ia conséquence des moyens si restreints de locomotion. »
Ainsi les départements de l'Ariège, de l'Aude et des Pyrénées-Orientales sont dans d'excellentes conditions de production naturelle et manufacturière.
Dans les cantons traversés par le projet, se trouvent en abondance les bois de construction et les bois de chauffage, les laines et les draps, les fourrages, les bestiaux, les grains de toute sorte, la chaux grasse et la chaux hydraulique, les plâtres, les marbres, marnes, pierres de taille etc.... 14,000 hectares de bois domaniaux touchent à la ligne, une immense population habite les cantons traversés ; et en suivant sur la carte, les chemins de fer français déjà concédés on se demande comment sur un aussi long parcours que celui que nous embrassons dans cette étude, ces populations sont encore déshéritées “de ces voies rapides de communication qui ont vivifié d'autres contrées peut-être moins productives ; comment l'on trouve des chefs-lieux de département non reliés par voie directe (chose qui devient assez rare en France ), lorsque dans certaines parties de notre pays, plus favorisées, on projette et on établit des chemins de fer, non d'intérêt, mais d'agrément local. » (M. Jules Dareer, Ingénieur civil).
Les populations du Nord et du Centre, bien que favorisées par la topographie du sol, n'auraient cependant pas leurs chemins de fer, pour ainsi dire vicinaux, si elles n'avaient pas su forcer la main au gouvernement. C'est par leur initiative qu'elles sont parvenues à ce résultat. Dans les seuls départements de l'Aisne, du Nord et du Pas-de-Calais, 302 kilomètres - chiffre énorme, puisque ces départements sont déjà traversés par des lignes de premier ordre - ont été concédés à une compagnie dite du Nord-Est, avec une garantie de cinq pour cent, tant de la part de l'Etat que de celle des départements.
Les contrées que nous venons de citer sont, il est vrai, dotées d'une industrie plus riche, d'un sol plus fertile et, par suite, d'une plus nombreuse population.
Il est donc naturel qu'elles aient plus de chemins de fer ; mais si nous mettons en parallèle, dans l'une et l'autre région, le chiffre de la population avec le chiffre kilométrique des chemins de fer établis ou concédés, nous trouverons qu'il y a surcroît au Nord et disette au Sud : c'est-à-dire que les populations de Perpignan à Saint-Girons sont par trop négligées et qu'il importe de donner satisfaction à leur besoins.
Nous aurons à examiner, dans un prochain et dernier article, le tracé projeté et à tirer des conclusions pratiques de cette étude faite dans l'unique but d'éveiller l'attention de nos concitoyens et de déterminer quelqu'un de nos spécialistes à développer ce que nous n'avons fait qu'indiquer. A. BLANC

05/10/1969
Le chemin de fer de Perpignan à Bayonne,
par Quillan, St-Girons et Foix.
Le mémoire et le profil en long que nous avons sous les yeux, sont l'oeuvre de M. Dagneaux, qui a écrit l'un et tracé l'autre, en parcourant le pays qu'on se propose de traverser, à pied et la carte de l'État-major à la main.
On comprend, tout d'abord, que ce n'est là qu'une étude provisoire, celle d'un ingénieur qui veut savoir, avant d'entreprendre un projet sérieux, si ce projet est possible.
Cette inspection terminée, M. Dagneaux vient nous dire : ce chemin de fer est non-seulement possible, mais il est encore généralement facile ; et les renseignements pris sur place, lui ayant démontré que le pays traversés offrait un aliment rémunérateur à la voie ferrée, il nous demande notre concours pour l'établissement d'un projet complet, pouvant être soumis au gouvernement.
C'est agir en praticien ; car, avant de proposer un chemin de fer à une compagnie et de demander une subvention à l'Etat, il faut prouver que ce chemin est utile et que le concessionnaire ne risque pas d'y perdre son argent et sa peine.
Un projet complet doit donc être dressés pour être joint à la demande. Or, ce projet, c'est nous, aussi bien que les départements de l'Aude et de l'Ariège, qui devons le faire dresser, car nous retirerons un profit, pour le moins aussi net que le leur, de la voie à construire.
Comme nous l'avons dit dans notre premier article, l'Etat a un intérêt positif dans la construction de la voie stratégique parallèle, mais cette considération ne lui suffirait peut-être pas; il reculerait devant les millions à y dépenser; il pourrait, à la rigueur, s'en tenir à ses chemins perpendiculaires, pour la défense nationale, s'il ne lui était démontré qu'à ces avantages généraux s'ajoutent les intérêts et même les nécessités de trois départements.
C'est cette démonstration qu'il faut faire, c'est elle que nous poursuivons, en conjurant nos administrations départementales et communales, les propriétaires, les commerçants, les industriels, tous nos compatriotes en un mot, de seconder l'initiative de l'homme compétent, spécial, dévoué, qui vient nous offrir le Concours de son talent et de son expérience.
Et maintenant suivons le profil en long, en transcrivant tout simplement la brochure de M. Dagneaux.
DIRECTION GÉNÉRALE.
Le Chemin de fer de Perpignan à Foix se dirige sur le col de Comperiés en remontant la vallée de l'Agly, traverse la commune d'Espira, touche à Estagel et, suivant un moment encore le cours de l'Agly, longe la route impériale n° 117 pour atteindre le village de Maury.
De ce point il se dirige vers St-Paul-de-Fenouillet, rase Caudiès-de-St-Paul, franchit le col de Comperiés et, tout en suivant les inflexions du cours de L'Aude, descend à Quillan.
Le tracé dès-lors cherche à atteindre à Nébias le faîte qui sépare les vallées de l'Aude et de l'Hers pour retomber à Chalabre, d'où il commence à traverser cette riche contrée manufacturière assise sur les rives de l'Hers, qu'il quitte à Labastide pour venir s'établir à Lavelanet. De lá, il se porte sur le col de Nalsen, le dépasse, traverse les populations de Celles, de St-Paul-de-Jarrat et arrive à Montgaillard, point de raccordement du Chemin de fer de Foix à Tarascon.
La longueur totale du Chemin de fer stratégique, de la gare de Rivesaltes à celle de Foix, est de 134 kilomètres mesures graphiquement sur la carte d'état-major. Il traverse une partie du département des Pyrénées-Orientales, celui de l'Aude en totalité et une bonne partie de l'Ariège.
Les communes traversées dans les Pyrénées-Orientales, au nombre de 10, sont : Espira, Cases-le-Pine, Tistagel, Baixas, Latour, Tautavel, Maury, Lesquerde, St-Paul-de-Fenouillet, Caudiès-de-St-Paul.
Dans l'Aude, la ligne traverse 8 communes, savoir : St-Martin-de-Taissac, Belvianes, Quillan, Nébias, Puivert, Villefort, Chalabre, Ste-Colombe-sur-l'Hers, et s'arrête pour les deux hameaux de Lavagnac et la Pradelle.
Dans l'Ariège, le tracé dessert 7 communes et touche le hameau de Laguillon. Les communes sont Le Peyrat, la Bastide-de-l'Hers, St.Jean-d'Aigues-vives, Lavelanet, Nalzen, Celles, St-Paul-de-Jarrat et Montgaillard.
On peut, pour la clarté de la description, diviser la ligne de Perpignan à Foix en deux partie : l° de Rivesaltes à Quillan, d'une longueur de 64 kilom. ; 2 de Quillan à Foix, offrant un parcours de 70 kilom.
1re PARTIE. - DE RIVESALTES A QUILLAN
De la gare de départ à la station d'Espira. En supposant que le tracé débouche de la gare de Rivesaltes, il longe la rive droite de l'Agly et vient s'établir à Espira à la côte de 49m au-dessus du niveau de la mer, ce qui nécessite une rampe de 0m,003 pour racheter la différence du niveau entre les deux stations.
De la station d'Espira à celle d'Estagel.
D'Espira à Estagel on continue de remonter la vallée de l'Agly, et suivant à peu près les sinuosités de la route impériale 117, on s'arrête à la station d'Estagel à la cote 80m. La différence de niveau entre les deux points, Espira et Estagel, est rachetée par une rampe moyenne de 0m,0027.
De la station d'Estagel à celle de Maury.
D'Estagel, nous suivons un instant la rive droite de l'Agly pour franchir le cours d'eau un peu en aval de la commune de Latour-de-France, puis, reportant par une courbe le tracé sur le côté droit de la route impériale, avec une rampe moyenne de 0m,0089, nous atteignons Maury.
De la station de Maury à celle de St-Paul-de-Fenouillet.
Notre Chemin de fer côtoyant encore la route impériale, contourne les contreforts, pénètre dans les gorges par des courbes de 300m de rayon et parvient jusqu'à l'emplacement probable de la station de St-Paul-de-Fenouillet, à une hauteur de 260m.
0m,0126 est la rampe nécessité entre Maury et notre station actuelle.
De St-Paul-de-Fenouillet Caudiès-de-St-Paul.
Le tracé monte encore au sortir de St-Paul-de-Fenouillet, franchit une seconde fois l'Agly, serpente à droite et à gauche de la route impériale comme axe, et arrive à la future station de Caudiès, établie, selon toute probabilité, au sud du village et à la cote 330.
De Caudiès-de-St-Paul à Lavagnac-la-Pradelle.
En quittant Caulies-de-St Paul avec une rampe de 0m,020, que des études complètes pourront, nous l'espérons, réduire à 0m,015, et cela par une légère augmentation de parcours, notre tracé court sur le côté droit du chemin vicinal qui unit Caudiès et Axat, se moule sur les contours de la gorge, évite ainsi les accidents de terrain et vient s'asseoir près des hameaux de Lavagnac et la Pradelle, ou se fait sentir le besoin d'une station pour desservir les importantes communes de Puilaurens, Gincla et Monfort, situées à la gauche du Chemin de fer.
De Lavagnac-la-Pradelle à St-Martin-de-Taissac.
Nous montons toujours en suivant le ruisseau de Magnac et nous finissons par arriver au faîte de Compories que nous pourrons franchir, en partie de niveau et en partie en pente, à l'aide d'un tunnel de 500 à 1,000m. Dès lors, le tracé descend sur Quillan, laisse le chef-lieu de canton, Axat, sur la gauche à deux kilomètres environ, mais, toutefois, s'arrête un moment à St-Martin-de-Taissac, sur la rive droite de l'Aude et å l'altitude de 350m.
De St-Martin-de-Taissac à la gare de Quillan.
Puis nous nous abaissons vers Quillan avec une pente moyenne de 0m,0057, mais, enfermés dans une gorge aux parois taillées à pic et dont le fond est uniquement occupé par le lit de l'Aude et la route départementale n° 17, ce n'est point sans difficultés que nous parvenons à gagner Belvianes pour venir plus loin nous souder à l'embranchement de Carcassonne à Quillan.
Nous ne reproduirons pas ce que dit M. Dagneaux de la partie comprise entre Quillan et Foix, tenant à nous renfermer dans des limites, qui sont presque celles de notre département. Mais nous voulons transcrire les considérations générales, parce qu'elles traitent de la solution des trois seuls problèmes présentés par le terrain à traverser entre Perpignan et Foix.
Nous ferons cependant remarquer à nos compatriotes, qu'aucune de ces trois difficultés à vaincre ne se trouve dans notre département, et que nous n'aurons que deux ouvrages d'art sur nos cours d'eau.
C'est encore une considération qui doit plaider, dans notre esprit, en faveur du projet.
CONSIDERATIONS GENERALES.
«En résumé, le Chemin de fer de Perpignan à Foix présentera, comme nous l'avons déjà indiqué, une longueur totale de 134 kilomètres à partir de la gare supposée à Rivesaltes.
Le maximum d'inclinaison des pentes et des rampes ne dépassera pas quinze millimètres par mètre, et le minimum des changements de direction est fixé à 300m de rayon.
Dans le profil en long que nous avons joint à ce travail, les pentes et rampes indiquées ne sont que des moyennes calculées d'après les différences de niveau de tels ou tels points ; mais dans l'établissement d'un profil en long complet, il est facile d'obtenir les paliers nécessaires pour assurer une bonne exploitation.
Trois points nécessiteront des travaux d'une importance supérieure :
1° Le col de Comperiès dont le passage ne pourra s'effectuer qu'à l'aide d'un tunnel de 500 à 1,000m.
2° Le passage de la gorge pittoresquement appelée dans le pays la Pierre-Lisse. De St-Martin-de-Taissac à Belvianes, c'est-à-dire sur 3 kil. environ, deux murailles taillées à pic, au milieu du défilé et en occupant toute la largeur, une rivière, l'Aude, et une route : voilà la Pierre-Lisse, y faire passer un Chemin de fer, tel est le problème. Un souterrain avec les frais énormes qu'il doit entraîner sur un aussi long parcours, semble seul pouvoir trancher la question. Pour nous, la véritable solution et la plus économique serait de chercher, par une rampe insensible, à dominer le niveau des hautes eaux afin d'établir sur la route et la rivière un tablier métallique supporté par des arceaux en maçonnerie.
3° Le faite de Natzen, qui demandera un souterrain de 230 à 300m de longueur,
« Les ouvrages d'art les plus notables sur les cours d'eaux seront un premier pont sur l'Agly à Latour-de-France, un deuxième sur la même rivière au sortir de St-Paul-de-Fenouillet, un autre sur l'Hers à Chalabre, et un quatrième sur le Touyre à Lavelanet.
« D'après ce qui précède, il est facile de juger que le Chemin de fer de Perpignan à Foix ne présente pas les difficultés d'exécution que la topographie du terrain semble faire pressentir tout d'abord, et nous pouvons avancer cette conclusion, que la généralité des mouvements de terre, l'établissement de la plateforme et les ouvrages d'art rentreront dans les plus basses moyennes.
« NOTA.-On pourra s'étonner de ne point voir figurer dans le compte-rendu sommaire du tracé la partie comprise entre Foix et Saint-Girons ; c'est que cette partie ayant par elle-même une existence distincte, nous nous sommes tout d'abord préoccupés de la section de Perpignan à Foix qui, sous le rapport commercial et industriel, domine la ligne tout entière. mais nous nous réservons de combler ultérieurement cette lacune en poursuivant les études jusqu'à Saint-Girons.
Et maintenant, quelles conclusions pratiques devons-nous tirer de la brochure de M. Lazare-Anduze, du mémoire de M. Dagneaux et de notre travail personnel ? Elles ressortent si clairement de nos trois articles, que peut-être pourrions-nous nous dispenser de les mettre sous les yeux de nos lecteurs.
1° Nous sommes si inférieurs au reste de la France, sous le rapport de la viabilité, que nous avons le droit de réclamer notre place au soleil des chemins de fer, si nous pouvons ainsi parler.
2° Cette place, il ne suffit pas de la réclamer, il faut savoir l'obtenir, en forçant en quelque sorte la main au gouvernement, comme l'ont fait ces départements dont nous avons mentionné les chemins de fer, pour ainsi dire vicinaux. Pour y parvenir, nous devons agir de nous-mêmes, en secondant l'initiative des hommes spéciaux dans la mesure de nos forces.
3° Les contrées que nous avons citées ont, en grande partie, obtenu ce surcroît d'établissement de chemins de fer, en faisant elles-mêmes les frais d'études ; les compagnies, s'appuyant sur des projets sérieux, ont ainsi mis les pouvoirs publies en demeure de donner satisfaction aux besoins des populations.
4° Imitons ce qui s'est fait ailleurs. Notre Conseil général a déjà voté une somme de 5000 francs pour les études à faire dans le département, suivons son exemple : communes et particuliers cotisons-nous pour parfaire la somme nécessaire à ce travail.
L'Aude et l'Ariège s'imposent des sacrifices en vue d'avantages ultérieurs ; ces avantages sont non moins grands pour nous, et les sacrifices sont moindres ; ne nous montrons pas moins intelligents que nos voisins.
Un homme d'un mérite reconnu se présente avec l'intention de faire ce projet sans lequel rien n'est possible; il est favorablement reçu par nos autorités départementales ainsi que par ces ingénieurs des ponts et chaussées dont nous connaissons le talent et l'honorabilité, ne lui faisons pas un moins bon accueil. Ecoutons-le, posons-lui les objections qui nous paraîtront naître de la connaissance particulière de nos intérêts et du terrain à parcourir par la ligne ; puis, quand vous serons convaincus, ouvrons-lui un crédit qui lui permette de commencer et de mener son oeuvre à bonne fin.
Nous n'ignorons pas l'état précaire de certaines de nos communes dont les ressources sont déjà engagées pour quelques temps; mais qui sait si ce chemin de fer en projet ne doit pas, par sa réalisation, transformer leur situation économique ? C'est à elles de s'interroger sérieusement ; et si, de cet examen, résulte la conviction qu'un nouveau sacrifice doit, dans un temps donné, améliorer sensiblement leur situation générale, qu'elles n'hésitent pas à le faire : nous nous tromperions fort, si l'administration départementale ne leur accordait les autorisations qui leur sont nécessaires.
A. BLANC.


1879

Suite au refus par le conseil général de l'Aude de contribuer financièrement aux lignes de chemin de fer proposées par l'Etat, un débat (de 5 articles) s'est instauré dans le journal "La Fraternité" entre Messieurs Barnier (conseillé départemental) et Escach de St Martin Lys (Rébenty - Instituteur de St Martin-Lys. Le sujet principal de la dispute est le passage par les gorges de la Pierre-lys de la voie ferrée1 -

02/10/1879

Article initial de Monsieur Barnier qui propose de nouveaux tracés originaux

Nous sommes heureux d'insérer la lettre suivante :
MONSIEUR LE RÉDACTEUR EN CHEF
Profitant de ce que la disette de nouvelles politiques vous permet peut-être de disposer d'un peu de place dans votre estimable journal, je viens réclamer, une fois de plus, l'hospitalité que vous m'avez déjà gracieusement accordée en d'autres circonstances. Je désirerais réveiller, grâce à votre publicité, la question un peu négligée de nos chemins de fer de l'Aude.
Le département n'a pas dû voir sans une certaine émotion, s'il exerce avec vigilance son droit de contrôle, le vote par lequel le Conseil général a refusé à l'Etat la subvention de 25,000 francs par kilomètre de chemin à construire qui lui était demandée, compromettant ainsi l'exécution prochaine de nos voies ferrées, puisqu'aux termes de la circulaire ministérielle, l'ouverture des travaux est subordonnée au vote des subventions départementales.
En présence d'une décision dont les effets peuvent être nuisibles aux intérêts du pays, le public a pu se demander quels motifs majeurs avaient engagé le Conseil général a paraître faiblir dans ses résolutions antérieures et à repousser, par le fait, sous le prétexte insuffisant d'une part à fournir de deux millions environ, les voies ferrées qu'il avait si instamment clamées dans le cours de plusieurs sessions précédentes.
La seule explication possible de ce vote consiste, évidemment, à dire que l'Assemblée départementale a reconnu, en majorité, le mal fondé des tracés proposés, et admis que les projets ministériels, dans la partie touchant nos régions, ne représentaient pas pour nous des avantages susceptibles d'être évalués deux millions. Cette somme, malgré la grosseur du chiffre, est en effet relativement peu élevée pour un département lorsqu'elle sert à acquérir des résultats d'un ordre supérieur, et il paraît élémentaire de conclure que si l'on a cru devoir la refuser à l'Etat, même au prix du renvoi à un avenir problématique des chemins de fer tant désirés par l'opinion, c'est que la direction donnée à ces chemins était défectueuse au point de vue des intérêts départementaux. Voilà donc condamnés, sans retour possible, le tronçon de Pamiers à Bram et le chemin sous Pyrénéen de Foix à Quillan et Rivesaltes, avec tous les arguments accumulés en faveur de ces tracés impossibles à réaliser.
L'embranchement de Pamiers à Bram sacrifiait d'une façon trop brutale les justes prétentions de Castelnaudary à devenir tête de ligne ; cette ville mérite un traitement plus en harmonie avec sa population et son importance croissante. Quant à la ligne de Foix à Rivesaltes par Quillan, elle semblait vraiment avoir été calculée à dessein pour éviter et mettre à l'écart le département de l'Aude absolument sacrifié à celui des Pyrénées-Orientales ; et cela sans qu'il fût possible de prétexter du chiffre des dépenses, car le Sous-Pyrénéen, hérissé de difficultés et même d'impossibilités, n'aurait pû être exécuté qu'à prix d'or, notamment dans la région rocheuse de Quillan où le percement d'un tunnel de 2.000 mètres, sous une hauteur verticale de 200 mètres de terrains en partie ébouleux, n'aurait pas été une mince opération à résoudre, soit comme dépense, soit comme durée.
Telles sont les considérations déterminantes que l'on peut supposer avoir pesé sur l'esprit des conseillers généraux : s'il en est ainsi, et je crois que c'est incontestable, sans quoi le vote dont il s'agit n'aurait pas de signification, on est naturellement conduit à se demander s'il ne serait pas sage et pratique de corriger sans retard les défectuosités du projet, causes de tout le mal, pendant qu'il en est encore temps, de revenir sur les principes qui lui ont servi de base puisqu'ils ont été reconnus vicieux; n'y avait-il pas lieu de combiner des projets mieux conçus qui, favorisant les intérêts locaux, permissent au Conseil général d'engager au besoin les finances départementales sans manquer à ses devoirs de gardien vigilant et parcimonieux des deniers des contribuables ?
L'affirmative m'a toujours semblé la seule réponse à faire à cette question, et vous avez bien voulu me permettre d'en développer les raisons dans votre journal, notamment dans le numéro du 12 janvier dernier. Pour remettre en bonne voie la question des chemins de fer, aujourd'hui si compromise, il suffirait, ce me semble d'obtenir le concours de l'initiative privée, de faire entendre la grande voix de l'opinion publique, cette force irrésistible des nations vraiment émancipées, vraiment dignes du régime républicain auquel ne peuvent convenir les lisères centralisatrices dont nous voyons, encore aujourd'hui, qu'il est si difficile d'affranchir nos administrations. Il faudrait réunir Carcassonne un Comité consultatif qui assumerait la mission de préparer des tracés conformes aux voix et aux besoins réels du pays. Les hommes compétents ne feraient certes pas défaut; les Chambres de commerce, par exemple, ou les Conseils municipaux des grands centres, offriraient l'embarras du choix pour les capacités commerciales, financières, industrielles qui pourraient être avantageusement consultées. On peut espérer que ce Comité accorderait ses préférences d'une part à l'embranchement de Pamiers à Castelnaudary (au lien de Bram) et d'un autre coté A la ligne de Foix à Limoux par Chalabre, et de Limoux à Rivesaltes par les Corbières, tracés dont j'ai eu l'honneur de préconiser dans vos colonnes les avantages incontestables, et qui sont d'une exécution pratique. J'en ai parcouru pédestrement tous les détours en compagnie d'un ingénieur des Chemins de fer connu pour ce genre d'études : Il n'y voit pas de difficultés sortant de l'ordinaire.
Munis de la délibération du Comité consultatif, forts de l'adhésion de la masse du public intéressé, nos représentants au Parlement n'auraient pas de peine à obtenir que ces nouveaux projets fussent immédiatement mis à l'étude, ce qui permettrait de les faire voter par les Chambres en temps utile. D'autre part, il n'est pas douteux que le Conseil général s'empressât de voter la subvention nécessaire, s'il lui était soumis un ensemble de tracés rationnels reliant Carcassonne à Foix et Perpignan par les routes les plus directes, sillonnant les plus productives régions du département, dotant d'une vie nouvelle, d'une plus grande importance, dos doux chefs-lieux de Limoux et Castelnaudary, dont la situation réclame si impérieusement, à divers titres, des améliorations urgentes.
S'il est de meilleurs avis que celui que j'ai l'honneur de soumettre à l'appréciation éclairée de vos lecteurs, n'hésitons pas à les accueillir ; mais, avant tout, que l'on s'agite, que l'on sorte d'une fâcheuse inaction, sans quoi le département de l'Aude est menacé de se voir privé pour un temps indéfini des chemins de fer qui sont nécessaires à sa prospérité.
Veuillez agréer, etc.
A. BARNER.

09/10/1879

Réponse de Monsieur Escach

La discussion sur les tracés des chemins de fer du département de l'Aude est ouverte. En réponse à la communication de M. Barnier, publiée dans notre dernier numéro, nous recevons la lettre suivante. En l'insérant, légèrement modifiée, nous prions nos correspondants de laisser à leur discussion le caractère sérieux qu'elle doit avoir sans descendre sur le terrain des personnalités, un mauvais terrain sur lequel il sera difficile d'établir des voies ferrées :

Rébenty, commune de Saint-Martin-Lys, le 4 octobre 1879.
MONSIEUR LE RÉDACTEUR EN CHEF DE LA Fraternité
. Veuillez avoir la bonté d'insérer dans un des plus prochains numéros de votre estimable journal, la lettre suivante en réponse à la partie de celle de M. Barnier relative au chemin de fer projeté entre Quillan et Rivesaltes et publiée par vous le 2 de ce mois.
MONSIEUR BARNIER,
On croyait généralement, dans nos contrées, qu'après l'échec que nous avait fait éprouver le Gouvernement devant le Corps législatif, vous ne chercheriez plus à entraver le projet du chemin de fer de Quillan à Rivesaltes passant par la Pierre-Lys, afin de faire adopter, à notre détriment, le projet des sociétaires de l'exploitation des minerals de vos Corbières. Mais vous êtes opiniâtre, et surtout grandement attaché à l'intérêt de clocher.
Vous mettez en avant l'avis de consulter l'opinion publique, « cette force irrésistible des nations vraiment émancipées, vraiment dignes du régime républicain ». Eh bien c'est là que je vous attends, Monsieur. Consultons-là, cette opinion publique : elle seule peut nous éclairer tous sur les intérêts du plus grand nombre. Néanmoins vous me permettrez de vous faire observer que ce ne sont pas seulement parmi « les membres des chambres de commerce et des conseillers municipaux des grands centres », qu'il faudrait choisir le comité consultatif dont vous parlez; il me semble que ce comité devrait comprendre un grand nombre de membres pris parmi les intéressés de la haute Ariège, de la vallée de Rebenty, de la haute vallée de l'Aude, de la vallée de la Boulzane, des Corbières et de toute la partie du département des Pyrénées-Orientales qu'intéresse ce chemin de fer. Il serait à désirer aussi que vous vinssiez visiter pédestrement, comme vous l'avez fait pour votre projet des Corbières, les lieux traversés par le projet du Gouvernement et prendre impartialement les renseignements voulus sur l'importance du commerce de nos contrées.
Alors vous comprendriez que vous avez fortement exagéré les difficultés, en annonçant le besoin de faire à la Pierre-Lys un tunnel de 2,600 mètres dans des terrains ébouleux, tandis que ce tunnel ne peut-être que de 1,500 mètres et dans le roc calcaire très dur, où aucun éboulement n'est à craindre. Ailleurs, à la vérité, il y a des terrains ébouleux, mais qu'on peut parfaitement éviter en traçant le chemin tantôt sur une rive de la rivière d'Aude tantôt sur l'autre. Il y aura aussi deux ou trois petits tunnels si l'on fait faire au chemin la grande courbe au midi d'Axat que conseillent certains esprits de nos contrées, plus préoccupés de l'intérêt particulier que de l'intérêt général. Mais on aurait un tracé direct. plus avantageux pour la grande majorité des voyageurs et d'une longueur de deux ou trois kilomètres de moins, si on longeait la route nationale de Rébenty á la limite du département des Pyrénées-Orientales, tracé qui n'exigerait qu'un tunnel peu important relativement à ceux qu'il faudrait faire en suivant la courbe.
Enfin vous saurez que le commerce de nos contrées est et doit être toujours plus important que ne peut l’être jamais celui des Corbières. Tout le canton d'Axat, une partie de celui de Quillan. tout le canton de Belcaire et toute la haute Ariège vont prendre leur vin dans les Pyrénées-Orientales en passant par les vallées de Rebenty, de l'Aude et de la Boulzane. Le Roussillon prend, dans la haute Ariège et dans les cantons d’Axat et de Belcaire, tous ses bois de construction, presque tous les fourrages et toutes les pommes de terre qui lui sont nécessaires, et dans le canton de Belcaire, en particulier, de l'avoine, du blé et des lentilles en grande quantité. Si vous tenez tant à avoir un chemin de fer pour vos Corbières, demandez en un, peut-être on vous l'accordera ; mais ne venez pas vous opposer à l'exécution du nôtre, qui du reste, a encore une autre importance que celle que j'ai démontrée : c'est celle d'être un chemin stratégique. Aussi, le gouvernement qui comprend ces deux avantages et celui d'être utile à trois départements à la fois, ne les abandonnera pas, je pense.
D'ailleurs, si l'on prenait votre projet en considération, de quel beau résultat serait la ligne en activité de Limoux à Quillan ? Ne devrait-on pas considérer comme des gaspilleurs des deniers publics tous ceux qui l'ont voulue ?
Veuillez, Monsieur Barnier, agréer mes respectueux hommages.
ESCACH.


12/10/1879

Réponse de Monsieur Barnier dès le 7 octobre donc avant la parution de l'article précédent - la rédaction du journal a dû communiquer le courrier de Monsieur Escach avant de le publier...

Question de Chemins des Fer de l'Aude
Nous recevons la lettre suivante :
Carcassonne, le 7 octobre 1879. MONSIEUR LE RÉDACTEUR, La lettre de votre honorable correspondant de Rébenty contient des appréciations fort judicieuses qui ne perdent rien à être présentées sous la forme à peu près courtoise que vous avez bien voulu leur donner : elle dénote une parfaite connaissance du sujet... Mais elle perd de vue le point de départ de la discussion et de la résultent quelques erreurs me concernant personnellement, pour lesquelles je vous prie d'accueillir une rectification.
Monsieur Escach paraît oublier que le département a refusé la subvention indispensable à l'exécution de tout chemin de fer dans l'Aude et que, dès lors, ce n'est pas d'une question de tracé qu'il s'agit en ce moment, le principe même de la chose étant en péril. Je n'entrave donc d'aucune manière l'adoption de telle ou telle ligne, et j'étais si peu hostile, systématiquement, au chemin Sous-Pyrénéen que j'avais voté le voeu favorable à ce tracé ; mais il arrive que le conseil général n'accorde pas à ce voeu la sanction nécessaire d'un vote de fonds, ce qui fait bien voir combien était factice la majorité Sous-Pyrénéenne , dont pas une voix ne s'est élevée en faveur du malheureux projet abandonné de tous ! La succession est vacante ; on peut donc, sans rien entraver, proposer d'en déférer au jugement des intéressés ; c'est ce que je me suis borné à faire, et ce vilain caractère opiniâtre que la sagacité de Monsieur Escach a su discerner en moi a bien dů souffrir d'une proposition où l'opiniâtreté se montre si peu.
Quant à la question que m'adresse, en terminant, votre honorable correspondant, il est aisé d'y répondre. A quoi servira, dit-on, le chemin de Limoux-Quillan ? Eh ! mais, précisément à desservir toutes les localités montagneuses dont parle Monsieur Escach et notamment la jolie petite commune de Saint-Martin-Lys qui, avec ses 202 habitants et ses 745 francs de revenu ne me paraît pas fondée à vouloir supplanter Limoux.
N'entrons pas, du reste, dans les détails qui ne sont pas à leur place ici ; les chiffres officiels et indiscutables que j'ai cités, la prétention du Sous-Pyrénéen à être un chemin stratégique, alors qu'il suffirait de quelques cartouches de dynamite pour obstruer ses tunnels, pour démolir les nombreux viaducs sur lesquels il saute de roc en roc, seront examinés, espérons-le, par des hommes impartiaux. Nous nous garderons bien toutefois d'aller chercher ces juges dans la Haute-Ariège, ou dans les Pyrénées-Orientales ; il est impossible, en effet, de s'expliquer pourquoi les hommes sensés qui veulent rendre populaire parmi nous la ligne de Foix-Quillan-Rivesaltes, reproduisent sans cesse cet argument que ce chemin de fer est nécessaire à la prospérité des départements voisins, lesquels, débarrassés alors de la concurrence de nos vignobles et de notre industrie, pourront librement et commodément échanger leurs produits entr'eux ou avec l'Espagne, en dehors de toute participation du département de l'Aude ! Chacun a, certes, bien saisi cette situation et voilà pourquoi le Conseil général n'a pas osé voter des fonds en faveur de cette ligne.
Veuillez agréer, Monsieur le Rédacteur en chef, mes sentiments les plus distingués.
G. BARNIER.


26/10/1879

La polémique est relancée par Monsieur ESCACH dès le 21 octobre

Nous recevons la lettre suivante qui continue une polémique déjà commencée :
Rébenty, le 21 octobre 1879.
MONSIEUR BARNIER,
Espérant que quelque conseiller général de ceux qui, comme moi, sont convaincus de la grande importance du chemin de fer Sous-Pyrénéen, prendrait la plume pour le défendre contre les coups que vous lui portez, j'avais résolu, pour mon compte, de ne pas répondre aux nouvelles attaques de votre dernière lettre; mais voyant qu'il n'en est rien, je me crois obligé de rompre encore le silence.
Je n'ai pas oublié, comme vous le supposez, votre affirmation que la majorité du conseil général aurait enterré ce projet «en refusant la subvention indispensable à l'exécution de tout chemin de fer dans l'Aude. » Je me suis dit que, si pareil vote a eu lieu, et je le crois puisque vous le dites, il fallait bien qu'un bon nombre de membres de ceux qui avaient primitivement émis avec vous un voeu favorable, fussent absents ou endormis sur leurs sièges lors du vote contraire ; car on a de la peine à comprendre qu'une assemblée respectable, telle que notre conseil général, puisse se déjuger de la sorte ; et que, dès-lors, rien n'empêchait d'espérer que, dans une autre session, la question revenant sur le tapis, la subvention pourrait être votée.
D'ailleurs, si notre conseil général devait, de parti pris, refuser la subvention indispensable à l'exécution de tout chemin de fer, à quoi vous servirait de patronner avec tant d'insistance votre projet favori ?
Pardonnez-moi, je vous prie, ce manque de courtoisie de n'avoir pas cru comme vous que la succession du Sous-Pyrénéen fût vacante el que le premier venu pût s'en emparer.
N'entrons pas dans les détails, dites-vous, et vous y rentrez toujours pour déprécier les avantages et grossir les difficultés du projet que vous prétendez nous faire croire enterré.
Vous ne voulez pas que ce chemin soit stratégique et vous dites que quelques cartouches de dynamite suffiraient pour en obstruer les tunnels. Hé, pensez-vous que les armées françaises qui passeraient par là avec leur matériel de guerre, laisseraient ce bel amusement à l'ennemi ?
Vous refusez les juges que je vous propose parce que certains s'intéresseraient à la Haute-Ariège et aux Pyrénées-Orientales. Est-ce que pour l'avantage exclusif de vos Corbières, vous voudriez priver l'Ariège, les Pyrénées-Orientales et nous d'échanger facilement nos produits, qui sont encore plus nombreux qu'il n'a été dit dans ma lettre du 4 octobre ? Car, par oubli, elle ne disait pas que les Pyrénées-Orientales s'approvisionnent de toute la viande qu'elles consomment, en bêtes bovines, ovines et porcines et même en volailles, dans les cantons d'Axat et de Belcaire et dans la Haute-Ariège. Vous ne pouvez pas ignorer que les chemins de fer, qui sont aux frais de la France entière, ne soient plutôt nationaux que départementaux.
Vous prétendez que la ligne de Limoux à Quillan, sans complément jusqu'à Rivesaltes, est assez justifiée par l'usage que peuvent en faire nos localités montagneuses, qui, d'après cela, auraient une bien plus grande importance que je ne supposais. Comment ! elles méritent à elles seules une ligne de chemin de fer de Quillan à Limoux, où elles ne vont que très rarement, et elles ne mériteraient pas celle qui les fera communiquer aisément avec les Pyrénées-Orientales, où elles vont tous les jours, parce que c'est plus près et plus avantageux pour elles?
Et, du reste, où est-ce que je vous ai dit que le petit village de Saint-Martin-Lys prétende supplanter Limoux ? Je crois que vous feriez bien de ne pas mêler Limoux dans notre différend : il a son chemin de fer et sa gare, dont je suppose qu'il est satisfait, St-Martin-Lys n'a pas la prétention de devenir tête de ligne; il ne prétend pas même avoir une petite station.
Enfin, si vous voulez me croire, monsieur Barnier, nous terminerons là notre discussion et nous laisserons faire le gouvernement, qui voit de plus haut que nous deux et d'un cil plus impartial.
Agréez, mon honorable contradicteur, mes respectueux hommages.
ESCACH.


06/11/1879

Monsieur Barnier clôture la polémique

Nous recevons la lettre suivante :
MONSIEUR LE RÉDACTEUR EN CHEF ,
L'avocat bénévole du chemin sous-pyrénéen, l'honorable M. Escach, de St-Martin-Lys, pense que le moment psychologique est arrivé de mettre un terme au dialogue dans lequel il a bien voulu me donner la réplique; il estime peut-être que le public est peu accessible à des arguments tendant à prouver que le meilleur chemin de fer pour le département de l'Aude est celui qui ne le parcourt pas et qui, sautant de l'Ariège aux Pyrénées-Orientales, fait chez nous une courte et modeste apparition..... en souterrain dans les Gorges de la Pierre-Lys.
Absolument d'accord avec lui sur ce point. Je n'aurais rien ajouté à la discussion, si M. Escach n'avait terminé son plaidoyer par un mot contre lequel je m'inscris vivement : «Laissons faire le Gouvernement ! -- Et de loin, pourrions-nous ajouter, ce qui explique à la fois et les erreurs commises en tant de circonstances et le besoin de décentralisation qui se fait sentir partout.
Ne laissez le gouvernement faire vos affaires, dirai-je, de mon côté, à tous ceux qui voudront bien prendre la peine de m'écouter, que si vous ne pouvez y aviser par vous-même. Dans toute autre circonstance, c’est pour vous plus qu'un droit, c'est un devoir de vous faire entendre, d'user tous les moyens que la loi donne de manifester la volonté populaire seul guide sûr des gouvernements quels qu'ils soient.
Et dans le cas particulier dont il s'agit. Je renouvelle mes pressantes instances auprès de tous ceux qui dans le département occupent une situation influente ou possèdent des connaissances spéciales pour les prier, dans l'intérêt commun, de prendre l'initiative d’une délibération relative au tracé des chemins de fer de l'Aude. La question git misérablement à terre, une vraie reconnaissance sera due à ceux qui l'auront soulevée.
Veuillez agréer, M. le Rédacteur en chef, mes salutations les plus distinguées.
A. BARNIER
Voilà qui est bien raisonner, et que nous approuvons de toutes nos forces. C'est ce que La Fontaine exprimait ainsi : Aide-toi et le Ciel t’aidera. Seulement si l'on compte sur le Ciel...




04/05/1887

Divers projets de tracé de la voie ferrée ont été proposés, dont un faisant passer la voie ferrée au milieu du village

Plan de détournement du chemin vicinal N°1 pour cause chemin de fer

Impact du chemin de fer traversant le village - Plan de détournement du chemin vicinal N°1

06/07/1904

Pleinte d'habitant d'Axat sur les horaires de la ligne de chemin de fer dans le Courrier de l'Aude. Est ce l'explication du désintérêt à venir pour cette ligne rapidement fermée aux voyageurs ?

ARRONDISSEMENT DE LIMOUX
AXAT (Aude). - Horaire de la nouvelle ligne ferrée. - On nous écrit:
« Déjà l'horaire des trains qui continuent de Quillan sur Rivesaltes, du service d'hiver avait vivement mécontenté les populations de la haute vallée de l'Aude, ainsi que les voyageurs nombreux, qui parcourent aujourd'hui cette partie de notre département et celle des Pyrénées-Orientales qui a pour centres principaux St. Paul de Fenouillet, Caudiès, etc., etc.
« On espérait que cet horaire, modifié à l'occasion du service d'été ferait disparaître les incroyables anomalies qui avaient marqué la confection de l'horaire primitif.
« Il n'en rien été. Il faut croire que le rond de cuir solennel, qui a maintenu un comble aussi étourdissant doit végéter toute l'année sous le ciel gris de Paris. Il n'est jamais venu dans notre pays lumineux.
« Le croiriez-vous ? Ce maniaque a découvert tout seul, oui tout seul, le moyen de détruire radicalement d'un trait de plume les gares d'Axat et de St-Martin Lys, construites cependant à si grands frais. Je ne plaisante point.
« En effet, tous les trains arrivant de Carcassonne s'arrêtent longuement, que dis-je, s'endorment, ronflent même à Quillan, créé tête de ligne.
« Le train, qui arrive à Quillan à huit heures neuf du matin, repart seulement à neuf heures trente-trois pour St-Martin et Axat.
Le train, qui arrive à Quillan à onze heures n'a pas de correspondance avec Rivesaltes !
« Le train, qui arrive à Quillan à quatre heures quarante cing du soir, repart à cinq heures vingt pour Saint-Paul !
« Nécessité fait loi ! Tous les voyageurs qui, par les gares de Saint-Martin-Lys et d'Axat, se rendent dans les cantons de Belcaire, d'Axat, de Quérigut et de Montlouis. Tous les malades allant aux bains de Carcanières, aux bains d'Escouloubre. - Tous les touristes visitant la vallée du Rébenti, les gorges de Saint Georges, l'usine électrique, le village fortifié de Counozouls, la haute vallée de l'Aude, le Donnaizan, le Capsir et la Cerdagne. - Tous les habitants infortunés de cette région revenant de Carcassonne, de Limoux, d'Alet et d'Espéraza sont obligés de passer des heures mortelles dans Quillan ! Et ces malheureux n'ont même plus la consolation d'admirer l'inscription célèbre, naguère encore gravée en lettres d'or sur l'un des plus beaux monuments de cette jolie et coquette cité : Ce pont a été fait ici. Un barbare, un iconoclaste l'a effacée pendant une nuit sombre !
« La pauvre cervelle, du créateur de cet état de chose, doit être singulièrement racornie puisque il ne s'est pas rappelé l'adage anglais ; que le temps est de l’argent.
« Il résulte de cette vérité matérielle, indiscutable, que le voyageur pris au piège, qui semble tendu au bénéfice des hôtels de Quillan, ne se laissera pas attraper deux fois. Littéralement obligé par l'horaire de demander sa carte pour Quillan, comme autrefois, il prendra dès son arrivée une voiture et parviendra avec elle à sa destination plus rapidement qu'en attendant le départ des trains pour Axat et Saint-Martin-Lys. C'est un véritable comble !
« Voilà donc, en fait, deux gares supprimées ! Et précisément ces deux gares sont les plus importantes de la région !
« Voilà les populations de quatre cantons ; voilà les habitants de la Cerdagne ; voilà les milliers de baigneurs d'Usson, de Carcanières et d'Escouloubre ; voilà les touristes innombrables de nos montagnes privés impitoyablement par une sottise incompréhensible, de dix à douze kilomètres de chemin de fer réclamés à grands cris depuis trente ans !...
« Franchement cette oeuvre est à tous les points de vue fille de diplômes surannés ! Elle est digne de l'incurable routine qui, lèpre hideuse, ronge nos grandes administrations.
« Un mot encore !
« Oui ou non, Monsieur le rond-de-cuir, les villes de Carcassonne et de Rivesaltes sont-elles naturellement, logiquement les têtes du ruban de fer qui relie aujourd'hui, à travers les gorges de la Pierre-Lys, les départements de l'Aude et des Pyrénées-Orientales.
« Oui ou non, Monsieur le rond de cuir, l'intérêt du commerce est il de franchir le plus rapidement possible les distances ?
« Eh bien, dites-nous comment l'idée baroque, biscornue, de constituer une tête de ligne à Quillan s'est développée dans votre cerveau ? Nous sommes curieux, très curieux de le savoir !
« Les cinquante-cinq kilomètres, qui séparent cette ville gracieuse de Carcassonne, suffisent-ils pour mettre sur le flanc les locomotives ? Etrange ! O bien, arrivées à Quillan, seraient-elles incapable d'aborder, après dix minutes de repos, les soixante-neuf kilomètres qui s'étendent devant elles jusqu'à Rivesaltes ? Plus étrange encore !
« Mais patience ! Déjà la chambre de commerce de Perpignan, plus vigilante mille fois que celle de Carcassonne, a flétri votre travail extraordinaire. Demain, les ruisseaux jaseurs de nos montagnes la crieront aux échos de nos vallées. Dans quelques jours, les Conseils municipaux des hauts cantons la feront briller par leurs délibérations motivées au grand soleil de Messidor. Et certainement nos conseillers généraux, MM Crambes et Fondi de Niort, qui doivent partager notre indignation, saisiront à leur tour l'Assemblée Départementale ! »

Le ton de cette note est un peu vif mais il prouve le mécontentement des populations de la haute vallée de l'Aude et des cantons circonvoisins qui espéraient avoir enfin un moyen de communication rapide qui puisse desservir commodément une région qui, pour être éloignée des prés fleuris qu’arrose la Seine, n'en est pas moins pittoresque et mérite de voir ses intérêts ménagés avec soin.
Souhaitons que cet appel soit entendu de qui de droit.




13/05/1911

Eboulement sur la voie ferrée entre Quillan et St Martin, Fait divers relaté par le courrier de l'Aude1

SAINT-MARTIN-LYS. - Récompenses méritées. - Un éboulement important se produisit, le 29 mars dernier, sur la ligne de Quilllan à Rivesaltes, entre les stations de Saint Martin-Lys et Quillan. La vole se trouva, de ce fait, interceptée et un accident de train se serait produit sans l'intervention de Léopold Marcerou et Grégoire Delpech, de Saint-Martin-Lys, lesquels, voyant le danger, se précipitèrent au-devant du train attendu qui put être arrêté à temps.
La Compagnie du Midi vient de récompenser cet acte d'initiative et de bonne volonté ; elle a fait remettre à chacun des deux dévoués citoyens, une somme de 100 francs et une lettre de remerciements du directeur de la Compagnie.


1L'ensemble des références à des journaux anciens est extrait du site des Ressources du patrimoine la Région Occitanie


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