Saint Martin Lys -
Causes de la disparition des restes de l'abbaye

Au XIXes les ruines de l'abbaye étaient encore imposantes, comme le montre la gravure de Melling de 1826, même si ses gravures gardent généralement une touche de fantaisie.

2 auteurs - l'abbé J.T. Lasserre et Louis Fédié ont fait une description sommaire de l'état du site qu'ils ont pu constater un peu plus tard (vers le dernier tiers du XIXes), leur descriptif étant non daté il est difficile de le situer en rapport au sujet principal de cette page.

Mais aujour'hui, comme le montrent les photos de l'état actuel, il ne reste quasiment plus rien.

La principale cause de la disparition de ces ruines n'est pas due à la construction de la voie ferrée, contrairement à ce que suppose Ernest Cross dans les propos que lui prète l'abbé M Mazière3,
mais plutôt au partage de terrains entre les habitants de St Martin en 1854.

Partage des terrains de l'ancien couvent1

En 1852, la commune de St Martin Lys est propriétaire d'une grande friche au bord de l'Aude en aval du village que personne n'a osé toucher jusque là, car elle regorge de ruines, celles de l'ancien Monastère de St Martin Lys. Est ce le caractère sacré attaché à ces ruines qui les a préservées jusque là ? ou le fait que la propriété en est revenue que récemment au village ? En tout cas ces terrains, potentiellement fertiles, sont à l'abandon.
En décembre 1852,le conseil municipal décide du partage de cette grande friche, dite des "terrains de l'ancien couvent" entre tous les habitants du village : un terrain pour chacun des 52 chefs de famille. Le Conseil municipal aurait souhaité en faire don, car beaucoup de familles sont trop pauvres pour payer l'achat de cette terre (la totalité du terrain est évalué à 3000 francs, soit 57,7 F par famille). Mais la commune se doit de faire valider sa proposition par la sous préfecture de Limoux. Et c'est là qu'on part dans le méandre des démarches administratives :

Mais ce n'est pas pour autant terminé...
Avant ces 2 dernières étapes, une pétition est transmise par des chefs de famille qui se sentent floués, considérant que les parts n'étaient pas équitables. La réponse du conducteur des travaux Ponts et chaussées est sans appel : les terrains contestés n'auraient volontairement pas été défrichés pour faire ressortir un déséquilibre par rapport à ceux qui ont commencé à être travaillé, pour donner l'illusion du moindre rapport de ces champs.
Personnellement je veux bien croire que le partage n'a pas été du tout équitable, pour la simple raison que la friche cachait certaines particularités du terrain. Quand on tombe sur le cimetière (comme semble l'indiquer Louis Fédié) avec dans les tombes des objets collectors en plus des os des moines, le terrain n'a pas la même valeur que quand il y a les restes d'un mur de cloture ou rien d'autre que du sable.

La version de 1854 du plan de partage dressé par Monsieur Viguier se trouve toujours à la mairie de St Martin, retrouvée par Gérard Gosselin dans les archives. Ce plan est sur une feuille format A1 un peu abimée et a été réutilisée pour dessiner au crayon ultérieurement la position des nouvelles maisons et nommer les propritaires des bandes de terre. Malgré la qualité médiocre de mes photos (que j'espère temporaire), je propose :

St Martin Lys, plan du partage 1854 - vue générale St Martin Lys, plan du partage 1854, détail haut gauche St Martin Lys, plan du partage 1854, détail bas gauche St Martin Lys, plan du partage 1854, détail haut droit St Martin Lys, plan du partage 1854, détail bas droit St Martin Lys, plan du partage 1854, détail couvent

Une vue générale du plan, puis un découpage en 4 parties et une vue en détail des restes du couvent.

Sur le cadastre d'avant partage, le terrain se présentait ainsi

St Martin Lys, cadastre 1833 avant partage

Détail du cadastre de 1833 (mairie de St martin Lys)

Sur le plan castral actuel, on peut retrouver la trace de ce partage initial

St Martin Lys, cadastre des terrains de l'ancien couvent

Cadastre des terrains de l'ancien couvent
Le tas de pierres des ruines actuelles est sur le lot 139
La parcelle 106 me semble objet à discussion...

Sur la partie fertile en dessous de la route départementale, On voit encore les fines tranches de terrains transversales qui ont été dessinés par Monsieur Viguier. Celles proches de la route ont dû être réduite par le déplacement de la route et faire l'objet d'expropriation lors de son élargissement et/ou de la construction de la voie ferrée (comme la parcelle 106 tout en haut du plan). La partie des terrains au dessus de la route montre moins les traces du partage, si ce n'est l'axe des terrains.
Les différences de largeurs des bandes de terrain actuelles peuvent s'expliquer soit par :

L'objectif de Monsieur Viguier était d'assurer une valeur du terrain égale entre chacune des parcelles au lieu d'une surface égale. Cet objectif étant très subjectif : il est logique que certains qui ont reçu des parcelles plus petites en surface (ou qui craignaient) se sont sentis défavorisés. La réaction du conducteur des travaux Ponts et chaussées toute excessive qu'elle me paraisse, n'en est pas moins justifiée car il a fait de son mieux pour établir les conditions de ce partage.

Reste que le fait de partager cet espace pour le rendre à la culture agricole, l'a fortement impacté. Les pierres embarassantes ont été jetées sans discernement sur l'emplacement 139 qui n'avait pas été attribué et le temps a fait le reste pour faire disparaitre les parties les plus fragiles après le grand nettoyage de la friche.

Ci-dessous, je vous présente le détail de la plus-part des pièces documentaires qui ont permis d'aboutir à ce partage. Malheureusement au vu du volume, je me suis quelque peu précipité dans mes prises photos et elles sont quasiment toutes trop flou pour être vraiment exploitables. Mais comme elles reflètent l'état d'esprit de l'époque je vous les livre telles que je les ai collectées... (ferait mieux la prochaine fois)

St Martin Lys, demande initiale

31/12/1852 - Courier à la préfecture de demande initiale par le maire Siméon Augereau
(fait suite à des échanges dont je n'ai pas trouvé trace, dont l'achat par la commune du terrain ?)
et préparation de la réponse négative de la Sous préfecture

St Martin Lys, Décision du conseil municipal de vente à prix réduit

26/01/1853 - Décision du conseil municipal de vente à prix réduit - prix réduit de moitié

St Martin Lys, Courier du maire à la Sous préfecture

01/02/1853 - Courier du maire à la Sous préfecture,
demandant son accord - préparation de la réponse avec accord de principe

St Martin Lys, demande initiale

16/04/1853 - Décision du conseil municipal d'ouvrir la consultation d'utilité publique

St Martin Lys, Rapport de Monsieur Viguier 1 St Martin Lys, Rapport de Monsieur Viguier 2

10/05/1853 - Rapport de Monsieur Viguier le conducteur des travaux Ponts et chaussées, justifiant le partage
Dommage que ce soit illisible car contient surement la description du terrain...

St Martin Lys, Enquête par M Doumergue, maire de Belvianes 1 St Martin Lys, Enquête par M Doumergue, maire de Belvianes 1 St Martin Lys, Enquête par M Doumergue, maire de Belvianes 1 St Martin Lys, Enquête par M Doumergue, maire de Belvianes 1 St Martin Lys, Enquête par M Doumergue, maire de Belvianes 1 St Martin Lys, Enquête par M Doumergue, maire de Belvianes 1

16/05/1853 - Enquête d'utilité publique réalisée par M Doumergue, maire de Belvianes,
avec la signature des 43 chefs de famille qui se sont présentés (pour ceux qui savaient écrire) -
Par exemple mon arrière, arrière, arrière grand-père Mounier n'a pas signé...

St Martin Lys, Conseil municipal fin du délai d'affichage

29/06/1853 - Délibération du conseil municipal validant la fin du délai d'affichage

St Martin Lys, acceptation par la population du partage 1 St Martin Lys, acceptation par la population du partage 2

01/07/1853 - Signature pour accord de partage par les 52 chefs de famille

St Martin Lys, certificat du maire

10/07/1853 - Certification par le maire que la procédure a bien été suivie

Monsieur Viguier des pont et chaussée a réalisé en septembre 1853 un plan et produit des documents pour permettre à un partage équitable ce qui a donné lieu à des courriers qui sont mentionnés dans les documents suivants mais que personnellement je n'ai pas vu. Le plan de partage proposé devait ressembler à celui de 1854 présenté plus haut

St Martin Lys, validation par la sous-préfecture de l'échange 1 St Martin Lys, validation par la sous-préfecture de l'échange 2

19/12/1853 - Validation par la Sous Préfecture de l'échange
La page 2 étant illisible, la date indiquée est approximative...
(trop pressé de passer à la suite, une vérification de la qualité aurait pourtant dû s'imposer pour un document aussi important...)

St Martin Lys, procés verbal du partage 1 St Martin Lys, procés verbal du partage 2

26/02/1854 - Procés verbal du partage
avec pour chaque famille, son n° de lot, la surface du terrain obtenu et la valeur du lot (valeur égale pour tous les lots)

St Martin Lys, contestation du partage 1 St Martin Lys, contestation du partage 2

03/03/1854 - Contestation par des chefs de familles se sentant laisés auprès de la préfecture
Le préfet demande au sous-préfet d'instruire cette réclamation

Je ne sais pas pourquoi, mais je n'ai pas la réponse de Monsieur Viguier (conducteur de travaux ayant fait le métrage) alors que je l'ai lue sur place... A trouver et rajouter.

St Martin Lys, Validation du partage par le conseil municipal

18/03/1854 - Validation du plan et du procès verbal du partage par le conseil municipal

St Martin Lys, Demande par la sous-préfecture au préfet de valider le partage

20/04/1854 - Demande par la sous-préfecture au préfet de valider le partage

St Martin Lys, Validation préfectorale du partage 1 (brouillon ?) St Martin Lys, Validation préfectorale du partage 2 (brouillon ?)

25/04/1854 - Validation préfectorale du partage (brouillon ?)



1Archives départementales de L'Aude - 2 OP 2781
3Compte-rendu d’une recherche historique à Saint-Martin-Lys, MSASC (Mémoires de la Société des Arts et des Sciences de Carcassonne), 4e série, t. IV, années 1960-1962 par l’abbé Maurice Mazières.


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