Saint Martin Lys - troglodyte - l'ermitage de Félix Armand

Où se cacher quand on est persécuté par la République


Autres vues depuis le couvent

St Martin Lys, la grotte de Félix Armand depuis le bord de l'Aude

La grotte de Félix Armand vue depuis le bord de l'Aude
zone stérile
Remarquer le dernier éboulement de cette roche friable

St Martin Lys, la grotte de Félix Armand depuis les ruines du couvent

la grotte de Félix Armand vue depuis le haut des ruines du couvent

Félix Armand était homme de parole : Quand son évêque a du fuir la France pour échapper à la nouvelle République, il l'a suivi en Espagne. Mais quand ses paroissiens sont venus le chercher dans son exil, pour eux, il a su se libérer de son engagement précédent pour leur revenir.
Mais la république recherchait toujours les prêtres réfractaires (ceux qui refusaient de souscrire à la nouvelle religion d’État). Aussi Félix Armand ne pouvait pas loger dans son presbytère (même si l'isolement du village permettait de savoir bien à l'avance, si un contrôleur public tentait de faire une visite). Aussi les Martinlysois lui ont trouvé un refuge, pas très éloigné du village, mais suffisamment pour ne pas attirer l'attention.
Il y avait sur le chemin du Gal qui longe l'Aude, juste en face de l'ancien couvent, dans la paroi rocheuse, une grotte transformée depuis un "temps immémorial" en troglodyte. Outre des marches pour y accéder (l’entrée est à environ vingt mètres au dessus du chemin), un petit balcon, une large porte rectangulaire et une fenêtre bien carrée (ou a peu près).

Remarques :
Pour les marches et le balcon, je n'ai jamais pu les voir : emportés vers la rivière bien avant ma naissance, je n'ai de leur connaissance que les récits de ma grand-mère.
Pour la porte et la fenêtre, je peux témoigner de leur existence, les ayant vus moi-même jusqu'à l'éboulement de 1987 qui a emporté toute la partie en brun foncé des photos de la grotte. Ce fut, ce jour là, une grande perte pour le patrimoine historique de Saint Martin...
L'éboulement a également gravement endommagé le chemin qui menait à Lillette, comblé une grande partie du gouffre qui se trouvait en bas de la paroi rocheuse (évitant les tourbillons dangereux pour la baignade mais ensevelissant au combien de truites) et fermé le bras de l'Aude qui formait une île au niveau des premier champs.

Cette troglodyte a servi d'ermitage à Félix Armand jusqu'au à l'avènement de Napoléon et à son concordat, permettant le retour en grâce des prêtres réfractaires.
Les habitants de Saint Martin venaient le nourrir là régulièrement. Et même s'il n'y a pas vécu en permanence, il a su retrouver dans ces lieux des traces d'un usage antérieur.

"L'asyle qu'il choisissait le plus souvent était une grotte située vis-à-vis du lieu où s'élevait l'ancien monastère. Ce n'est pas sans recueillement qu'on va la visiter : elle est d'un difficile accès, à soixante pieds au-dessus des eaux de l'Aude. Avant d'y entrer, on s'arrête sur un plateau de rocher en forme de balcon, tourné vers le midi, et orné de quelques branches de laurier et de buis. Une salle de dix-huit pieds carrés, surmontée d'une haute voûte, et éclairée par une fenêtre qui, regarde le couchant composait l'agreste presbytère qui recevait pendant quelques jours Félix Armand. Dès-que le danger était passé, il se montrait au balcon, et du fond de la vallée , les habitans de Saint-Martin levaient la tête avec joie vers leur étoile : aussitôt ils louaient Dieu de sa délivrance. La première fois qu'il entra dans cette cellule aérienne , le pasteur y trouva des cendres et des débris d'un vase de terre cuite. Il réfléchit alors que les religieux du monastère avaient aussi cherché un asyle dans ce lieu , quand la Réforme vint frapper au couvent de la Pierre-Lis.1"


L'accès aujourd'hui à cet ancien troglodyte est assez compliqué car l'éboulement n'a laissé qu'un précipice en dessous de l'entrée de la grotte. Et même si des spéléologues ont abandonné des cordes pendantes pour faciliter l'escalade, ces cordes restent difficile à atteindre et sont d'une fiabilité douteuse.
Mais quand on pénètre à l'intérieur (photos à suivre) on remarque de suite un sol couvert de terre fine, une terre amassée par le vent qui comble les deux extrémités de la grotte.
Cette cavité n'a jamais fait l'objet de fouilles, mais personnellement j'aimerais savoir ce qui se trouve sous ces couches de terre car l'histoire de Saint Martin serait alors révélée.

Cette grotte a, en effet, été le premier lieu d'habitation de la vallée. Elle fut même un lieu de culte dans la période celtique, car la montagne parlait par sa bouche. La cavité ascendante servait (avant l'éboulement) comme une chambre de résonance portant le vent et les paroles loin au delà de ce qui est communément possible. Aussi la grotte fut aménagée pour accueillir les premiers prêtres d'une religion aujourd'hui disparue. Ces druides professaient depuis le balcon pour une foule (éparse ?) assemblée de l'autre coté du fleuve (là ou se trouve les restes du couvent). Grâce à l'écho, ces pratiquants pouvaient entendre parfaitement le discourt. Le gouffre en dessous de la grotte permettait d'accuillir les sacrifices.
Le christianisme s'étendant a toujours su récupérer à son profit les anciens lieux de pèlerinage. Aussi dès le Vesiècle des moines sont venus occuper l'espace. Ils ont construit leur abbaye sur l'emplacement du parvis de l'ancien culte et ont fait occuper par un de leur moine pénitent la troglodyte libérée. Ce moine ermite avait la charge du réveil chaque matin de l'ensemble de la communauté en appelant à la prière.
Avec le déclassement de l'abbaye en prieuré cette pratique, faute de membre, s'est perdue et la grotte fut oubliée jusqu'à Félix Armand.

St Martin Lys, la grotte de Félix Armand gros plan avec vue sur la cheminée

La grotte de Félix Armand en gros plan avec vue sur la cheminée
la partie ascendante est le "sifflet" permettant d'accentuer les sons de dilatation de la montagne

Après la première rédaction de cette page, jai trouvé ce récit troublant raconté par Joseph-Antoine Cervini en 1926.

En dernier lieu et avant de nous quitter, l'abbé Utéza excita vivement notre attention, lorsqu'il nous fit remarquer la fente de forme triangulaire que l'on voit sur les rochers à la gauche de la planche suivante(voir ci-dessous). «Cette fente, nous dit-il, est l'ouverture d'une caverne assez profonde où jadis on a trouvé un grand nombre d'ossements humains. Dans le temps des guerres de religion les prêtres de ce monastère se réfugièrent dans cette grotte, et ils y périrent tous, faute de vivres". Il ne fit que nous répéter en cela une tradition du pays, laquelle paraît bien peu vraisemblable, si l'on considère la hauteur où se trouve l'entrée de cette grotte, au-dessus du sol de la vallée, et la coupe perpendiculaire du roc, dans lequel elle est creusée. Nous dirons plus : en admettant que de hârdis montagnards se soient introduits dans la crevasse et qu'ils y aient trouvé des ossements, il resterait encore à examiner si ces débris faisaient réellement partie de squelettes humains, ou s'ils n'appartenaient pas plutôt à des animaux qui, dans leur charpente osseuse, offrent quelque ressemblance avec celle de l'homme. Cette grotte ne serait-elle pas plutôt une de ces cavernes à ossements qui ont récemment donné lieu à des observations si intéressantes, et dont l'importance géologique se manifeste toujours davantage à mesure que des découvertes semblables se multiplient ? Nous livrons ces indications et la tradition elle-même aux investigations des naturalistes qui parcourront après nous ce canton si peu connu, si rarement visité.2

St Martin Lys, gravure du couvent par Melling

Gravure du couvent par Antoine-Ignace Melling2
la grotte de Félix Armand est le trou dans la paroi rocheuse
Les dessin de Melling (voir la page abbaye)
sont réalisés à partir des descriptions et des croquis de Cervini, aussi ils ont une part d'imaginaire...


1p 54 de "Vie de Félix Armand, curé de Saint-Martin, diocèse de Carcassonne; Auteur de la route de la Pierre-Lis" par M. J.-P. DE LA CROIX.)
Le passage cité apparait aussi dans l'ouvrage de Louis Amiel en moins précis et plus grandiloquant p 42 de Félix Armand, curé de Saint-Martin-Lys: sa vie et son oeuvre.
(Le point original de l'extrait est qu'il laisserait penser que le balcon devant la grotte était couvert à tel point de végétation que l'entrée en était cachée et que des fissures étaient apparues sur ce balcon laissant présager d'un futur éboulement.)
Remarque sur le texte de Louis Amiel : le principal de son livre de 1859 avait déjà paru au moins 2 fois précédemment, dans la revue "Portraits et histoire des hommes utiles" (éditions de 1839 et de 1841) et des extraits (pas sur le troglodyte mais quand même) sont repris dans "Le Cabinet de lecture et le cercle réunis: gazette des familles" de 1842 p 115


2p143 (280) de "Voyage pittoresque dans les Pyrénées françaises et les départements adjacents" de Joseph-Antoine Cervini, illustrations de Antoine-Ignace Melling


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