Saint Martin Lys -
Pont de l'âne

Ou la vie en parachute

Petit pont sur le chemin de planèses permettant de traverser "les gorges" du ruisseau de La Bordes qui descend directement du camp grand et de la forêt de Fanges. Ce pont passe un précipice d'un dixaine de mètres qui précède le débouché sur l'Aude.

St Martin Lys, pont de l'ane - vue Amont

Le pont de l'âne
Vu en amont du ruisseau de La Borde

St Martin Lys, pont de l'ane - vue aval

Le pont de l'âne
Vu en aval

Ce pont a vue le chute d'un âne au fond du précipice lors d'un coup de vent. D'où son nom. Mais cette anecdote est assortie d'une histoire beaucoup plus pittoresque contée dans une note de bas de page du livre de Louis Amiel1 et d'un chapitre complet de celui de Jean-Pierre de la Croix2

Je vous citerais ces deux passages un peu plus loin, mais je tiens d'abord à vous la dire comme mon grand père me la racontait :

"Regardes, ici aujourd'hui sur ce pont, il y a un parapet, et si tu te penches d'un coté comme de l'autre tu es protégé, même si tu peux voir comme c'est profond. Mais autrefois un âne est tombé et s'est tué écrasé tout en bas, au fond, avec son chargement de branchage. Deux fillettes allaient au marché à Quillan avec ce chargement, malgré la pluie et le vent qu'il faisait ce jour là. Tu vois cette gorges étroite, tu sens le courant d'air qui vient de la haut par ce couloir. C'était bien pire ce jour là. Avec leur âne, ce jour là, sur le pont, il n'y avait rien pour les retenir quand la rafale les emporta. L'âne est lourd et mal équipé pour ce type de chute... Il est tombé tout droit sur ces rochers. Mais les filles, à l'époque, elle portaient 6 jupons sous leur jupe longue. 6 jupons et un robe dans lesquels le vent s’est engouffré et les a porté plus loin. la Robe ouverte comme une corolle leur a servi de parachute et leur a permis de s'échouer comme une fleur ou la graine d'érable doucement sur l'herbe là-bas. Bien sûr impossible de remonter et l'Aude était bien trop grosse pour la suivre ou la traverser. Après les premières frayeurs passées, il ne restait plus qu'à crier. Heureusement un Carassier passait, avec un tronc coupé, venu du Rébenty. Il les a vu et est allé porter la nouvelle à St Martin. Les gars du village ont accouru de suite, ils ont accroché leur cordes au pont et sont descendus les chercher saines et sauves, plus effrayés que blessés, même si elles eurent plus d'écorchures en remontant qu'en tombant. "


Deux femmes d'Axat, Françoise Chêne d'Ortigues et sa sœur, enveloppées avec leur âne par une trombe de vent, furent lancées dans un précipice de deux cents pieds ; grâce à leurs jupons qui firent parachute, elles en furent quittes, en tombant sur les bords de la rivière, pour quelques contusions. Quant à l'âne, ce fut son dernier voyage1


Françoise Chaîne, d'Artigues ( Canton de Roquefort ), allait à Quillan avec une bête de somme. Quand elle est au haut de la montagne , un tourbillon de vent s'élève. Sa sœur, petite enfant presque à la mamelle, avait été mise dans l'un des paniers que l'animal portait sur son dos ; la violence du vent renversa l'enfant. Françoise la reçoit dans ses bras, et la tient pressée contre sa poitrine, et en même temps elle saisit quelques arbustes qui étaient auprès d'elle. Elle est à genoux, presse l'enfant avec un bras et de l'autre attache à sa main des branches de buis et des branches plus flexibles de chèvrefeuille. La fureur de la tempête augmente, l'animal est emporté, et la jeune fille est violemment arrachée de la place où elle était. Aussitôt elle mord avec les dents le bout de son tablier, où elle a déposé l'enfant; ses deux bras sont libres, et cherchent à lutter contre la trombe qui l'emporte. Elle embrasse tout ce qu'elle trouve sur son passage ; ses mains ensanglantées ne peuvent plus presser les objets qu'elles rencontrent. La violence du vent redouble, et enlevée de terre, elle est poussée par le tourbillon. Les pleurs de l'enfant et l'effroi de Françoise, lorsqu'elle plane sur le gouffre, peuvent se sentir et non se décrire. Après avoir descendu ainsi cinq cents pieds et avoir traversé la rivière, Françoise, sa jeune sœur et l'animal se trouvèrent sur le gazon, à l'abri du vent et au bord de l'Aude, sans qu'aucun d'eux eût éprouvé le moindre mal. Des habitants de Saint-Martin, qui conduisaient par eau les poutres à Quillan, l'aperçurent peu d'heures après ; ils lui jetèrent des cordes et l'emmenèrent en triomphe au village. Françoise est bien vieille aujourd'hui, mais elle raconte encore son aventure à qui veut l'écouter. Les témoins oculaires l'ont mêlée à la tradition des montagnards, et tout le monde vous dira à Roquefort l'histoire de Françoise Chaîne.2

St Martin Lys, vue depuis le pont de l'ane -

Photo prise depuis le pont de l'âne
Même si cette photo rend mal la perspective et la profondeur, on aperçoit à envion 15 mètres en contre-bas l'eau du ruisseau de La borde (une résurgence en bas, car le ruisseau est lui à sec) et l'Aude

St Martin Lys, pont de l'ane - vue rive gauche

Vue rive gauche de l'Aude
Cherchez bien et vous trouverez le pont de l'âne...

Le pont de l'âne a été reconstruit et élargie en 19023 pour permettre un usage plus facile du chemin de planèses qui sera rénové et lui même élargi (fin en 1905).

St Martin Lys, vue depuis le pont de l'ane - entrée du tunnel

Photo prise depuis le pont de l'âne : l'entrée du tunnel de Rebuzo


1p 130 d'un article dans "Portraits et histoire des hommes utiles" - Volumes 7 à 8 de 1839 par Louis Amiel
2p 29 de "Vie de Félix Armand, curé de Saint-Martin, diocèse de Carcassonne; Auteur de la route de la Pierre-Lis" par M. J.-P. DE LA CROIX.)
3 Archives départementales de l'Aude - 2OP2782


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