Pierre-lys
Concours d'historiens de demain - 1999
Participation des 3ième d'insertion du collège de Quillan

Comment la route de la Pierre-Lys a été creusée

La classe de troisième d'insertion professionnelle du collège M.Bousquié de Quillan a participé, en 1999, au 46° concours de l'historien de demain en présentant comme dossier "Le percement de la route du défilé de la Pierre Lys".
L'original du dossier présenté est conservé aux Archives départementales de l'Aude

J'ai trouvé que ce dossier était bien sympatique et donc ai pensé qu'il avait sa place sur mon site.
Je reproduis les images du dossier et retranscrit le texte (vue la mauvaise qualité de mes photos - et pour limiter la taille de la page)

Pierre-Lys, fiche résultat du concours Pierre-Lys, carte du massif

COMMENTAIRE DE LA CARTE

Sur cette carte la route actuelle est en rouge. Pour cette route percée par Félix Armand la dénivellation entre St Martin-Lys et Quillan est de

361 - 289 = 72 mètres

Avant le percement de cette route, le chemin pour aller à Quillan eurtait la zone de Falaises coloriée en rouge.
Cela obligeait à monter

997 - 361 = 636 mètres

et à descendre

997 - 289 = 708 mètres

A cette époque il fallait mettre la journée pour effectuer 10 km.
Lorsque la route fut ouverte, les paysans n'avaient plus besoin que de 3 H pour couvrir la distance.
A l'heure actuelle, en voiture il faut un 1/4 d'heure.

LES TRAVAUX

Cette carte postale agrandie montre trois étapes de la construction de la route de la Pierre-Lys

Pierre-Lys, tunnels avant Saint-Martin
  1. Au XVIIIèmes Félix Armand a creusé un chemin dans les falaises de la Pierre Lys.
    Le chemin faisait 1m20 de large et 2 m de haut, assez pour le passage d'un homme et un âne. La force de l'homme utilisée pour les travaux était insuffisante pour un travail de plus grande ampleur. Mais le passage était possible : l'essentiel était assuré.
  2. Le premier chemin s'avère vite trop petit, par exemple pour le passage des diligences. Les nouveaux moyens techniques qui apparaissent au 19esiècle permettent de creuser un tunnel suffisamment large pour le passage d'une route moderne.
  3. Au 20esiècle, on effectue de grands travaux dans le défilé. Ici par exemple, le premier petit tunnel est supprimé. Le grand tunnel est bétonné et agrandi pour éviter les éboulements rocheux.

BIOGRAPHIE DE FELIX ARMAND

Il est né le 20 Août à Quillan, où son père était sonneur de cloches. Il fait ses études au séminaire d'Alet et devient prêtre le 28 mai 1768 à 26 ans. Il est nommé prêtre de paroisse de Saint Martin-Lys, village qui souffre de son isolement derrière les gorges infranchissables de la Pierre-Lys.
Pendant 13 ans, avec les villageois, le curé a organisé le percement de la Pierre-Lys de façon à permettre le passage d'une route de 6 km entre Belvianes et Saint Martin-Lys. Auparavant, il fallait une journée entière de marche à travers la montagne pour joindre les deux villages.
Pendnat la révolution, il s'exile en Espagne pour échapper à la prison, qui menace les prêtres non jureurs. De retour à St Martin-Lys, il se cache dans une grotte où ses paroissiens viennent le nourrir et écouter la messe.
Par la suite, Napoléon et Louis XVIII, lui envoient de l'argent pour l'aider à financer des travaux de la route. Il meurt le 17 décembre 1823 à l'âge de 81 ans. Il est enterré au cimetière de St Martin-Lys.

Pierre-Lys, Quillan, clochet de l'église Pierre-Lys, Citation issue de la biographie De Jean-Pierre de la Croix

QUELQUES EPISODES DES TRAVAUX

Il prend avec lui les plus nécessiteux des habitants de ST Martin Lys, tous ceux que le manque de travail condamne à l'inaction, les enrégimente et les conduit lui même sur les pentes du versant de la rive gauche où commence le sentier que nous connaissons ; il le leur fait déblayer, épauler, travaillant lui-même sous la pluie ou le soleil ardent ; payant à chacun sa journée sur son modeste revenu et sur ses collectes ; achetant à l'un des provisions, à l'autre des instruments, ou les bêtes de somme qu'il a perdues.

Un jour il se fit passer une corde sous les bras, et il ordonna à trois de ses plus vigoureux paroissiens de le descendre sur le gouffre, à une profondeur vertigineuse, pour tracer le point précis de la route.
Après plusieurs tâtonnemens nécessités par cette étude, le problème est résolu, et ces malheureux qui, les bras raidis et gonflés, refoulent leur souffle ; car c'est la vie de leurs familles qu'ils tiennent ainsi suspendue sur le gouffre, ne respirent librement qu'en revoyant au milieu d'eux leur bienfaiteur, aussi reposé, aussi serein qu'ils sont eux-mêmes pâles et agités.

Tantôt c'est au seigneur d'Axat, dont la forge est située en amont de Saint-Martin, à qui il démontre, avec une netteté qu'envierait le plus habile négociateur, les avantages futurs de la route pour le transport de son minerai et de ses fers; même insinuation au propriétaire de la forge eu aval, dont la brusque et tonnante apparition nous a frappés en passant; sans oublier, en traversant Belvianes, de faire entrevoir au seigneur du lieu les populations se précipitant dans cette nouvelle voie et communiquant au village un mouvement qui triplera la valeur de ses terres. Enfin, il représente aux marchands de bois de Quillan la célérité que cette même voie, devenue chemin de halage, doit imprimer à leurs trains engagés souvent des mois entiers dans la Pierre-Lis.

Enfin, après cinq années d'efforts, on arrive aux masses de rochers qui ferment l'entrée des gorges, du côté de Belvianes.
A cette vue, tous les bras tombent découragés. Seul, le Pasteur ne perd pas confiance ; il fait une dernière violence au ciel. Toute la population de Saint-Martin, jeunes et vieux, femmes et enfants le suivent processionnellement, la croix en tête, vers le "Roc maudit", appelé depuis par la Reconnaissance publique le Trou du Curé. Là, après une courte et énergique allocution, dans laquelle il leur rappelle que leur vie et celle de leurs familles dépendent de ce suprême effort, il implore la bénédiction du ciel, saisit un pic, et frappe le premier coup. Tous les assistants l'imitent avec un nouveau courage, la tranchée est ouverte.
Enfin, le roc est vaincu, et le soleil de mai de l'an 1781, pénètre dans ses flancs restés clos depuis la création.

Pendant ces travaux, on avait mis le feu à une mine pour faire sauter un rocher que le nouveau chemin contournait brusquement. Soudain, on aperçoit un muletier sur sa monture, de l'autre côté du sentier. Les cris redoublés des travailleurs l'invitent à fuir : le muletier hésite épouvanté ; encore une seconde et c'est fait de lui. Aussitôt un homme s'élance et bondit sur la mèche enflammée qu'il étouffe du pied. Cet homme, on la deviné, c'est M. Félix Armand, l'illustre curé de Saint-Martin.

Elle fut classée parmi les voies départementales en 1821, à la suite du rapport d'un des plus habiles ingénieurs du Département ; lequel déclare qu'après mûre inspection des lieux, il s'est convaincu que l'homme le plus profondément versé dans l'art n'aurait pas mieux pris ses mesures.


COMMENT L'ABBE A-T-IL TROUVE DE L'ARGENT ?

Il implore la charité à Alet, Quillan, Axât, Limoux, etc.. Il est partout, frappant à toutes les portes des châteaux, des Monastères, des maisons opulentes... pour tendre la main, en faveur de sa pauvre paroisse, et pour la continuation de la nouvelle route.

Mais de toutes les sympathies, il en est une qu'il n'invoque jamais en vain : c'est celle de Mgr de Chantérac, occupé lui aussi à l'exécution du projet de la grand'route de Limoux à Quillan, œuvre gigantesque qui l'a fait surnommer par la reconnaissance de ses contemporains , « l'Evêque des chemins ».

En apprenant que l'œuvre colossale était presque accomplie, malgré le manque absolu de tous moyens humains, Bonaparte écrivit à M. Armand de sa propre main, honneur qu'il n'accordait que rarement aux têtes couronnées. Sa lettre était accompagnée d'un bon sur sa cassette. Dans une autre circonstance, Napoléon, qui était bon juge, disait : « Dommage que cet homme soit prêtre, j'en aurais fait un Général d'armée ! »

Grâce à ce secours, le plus puissant de tous, car il partait de la main qui allait distribuer des royaumes, une aisance nouvelle circula dans Saint-Martin et les travaux de la Pierre-Lis s'étendirent sur une plus vaste échelle. Les innombrables courbes du sentier se fondirent insensiblement dans la ligne droite, des ponts furent jetés sur les ravins perpendiculaires au fleuve: de nombreux contreforts fixèrent les parties les plus exposées à l'éboulement et des parapets les couronnèrent dans tous les points où l'abîme s'ouvrait sous les pas du voyageur.

Comme Napoléon, Louis XVIII adressa au Curé de Saint-Martin une lettre de félicitations, accompagnée d'un secours considérable, qui permit de terminer la route, et en novembre 1814, ce chemin que, quarante ans auparavent le jeune vicaire de Quillan, traçait par la pensée, se déployait en pente douce, le long des abimes, sur les flancs domptés du terrible Quirbajou.

Alors seulement, la barrière du côté de Saint-Martin fut vaincue. Une galerie creusée dans le roc vif perpendiculaire au fleuve et munie de garde-fous en fer, continua la route en ligne droite et réduisit les deux grandes heures de trajet à une demi-heure; de nombreux conduits d'écoulement sillonnèrent les travaux en tous sens et les protégèrent contre les torrens d'hiver.

Le Marquis d'Axat qui, depuis son retour de l'émigration , était rentré en possession de sa forge, enhardi par l'achèvement de la route, l'avait reprise à sa sortie du défilé et faisait exécuter à ses frais les travaux destinés à son prolongement jusqu'à Axat.

Pierre-Lys, Félix Armand Pierre-Lys, gravure du trou du curé

LE TROU DU CURE

Pierre-Lys, trou du curé

LE TOURISME

Au 20° siècle, la route permet l'exploitation touristiquede la rivière Aude et du site

Pierre-Lys, tourisme

Elèves participants

3e d'insertion professionnelle
Collège Michel Bousquié
11500 Quillan

Pierre-Lys, Quillan noir et blanc


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