Saint Martin Lys - chemin de halage

Comment les martinlysois transportaient les grumes du Col de St Martin jusqu'à L'Aude.

Quillan était le point de rassemblement de tous le grumes des forêts environnantes et en particuliers de celles venant de la forêt des Fanges.

Historiquement le seigneur de Belviane était propriétaire des premiers contreforts des montagnes qui bordent les Fanges et donc en droit d'exiger péage pour tout transport qui passerait par ses terres

De par son isolement et son ancienne dépendance à un monastère détruit, St Martin jouissait d'une certaine indépendance seigneuriale (ce qui permettait à certains de bénéficier d'une impunité dans leur trafic de contrebande - mais ceci est un autre sujet que j'aborderais peut-être plus loin dans un nouveau point à ouvrir)

Proche de Quillan, libre de droits seigneuriaux, point d'accès direct à la forêt des Fanges via un col accessible, un fleuve comme moyen de transport : situation idéale pour implanter le port qui permettrait une exploitation optimale de la forêt royale des Fanges.

les Fanges s'étirent sur un espace très vallonné pouvant atteindre jusqu'à plus de 1000 mètres d'altitude.
Le village est lui à 340 m.
Jeter les grumes depuis les falaises (malgré ce qu'en dit Louis Amiel), c'est l'assurance de faire du petit bois : pas de pouvoir transformer un sapin de 40 m en mat de bateau de commerce...

Les troncs des arbres abattus, il faut les descendre à l'Aude en s'assurant de ne pas les casser. Et pour ça il faut pouvoir les faire descendre précautionneusement... d'où le chemin de halage qui aujourd'hui apparaît dans la végétation, d'environ la mis pente du col de St Martin jusqu'à l'Aude, en suivant le ruisseau de la source sur la partie finale, pour une mise à l'eau au port de St Martin (la mise à l'eau pendant environ 15 jours des grumes fraîchement abattus est un moyen d'éviter une future infection par les insectes xylophages : la sève est chassée et le bois durcit plus vite, suffisamment ensuite pour pouvoir être envoyé à travers les gorges de la Pierre-lys sans casse).
Plus-haut, il faut suivre le "ruisseau" des fortes pluies qui a un dénivelé très important nécessitant des moyens pour retenir le tronc plus que pour le tirer...
Les restes du chemin de halage de la mi-pente jusqu'à la source doivent être devinés, mais paraissent ensuite évident pour un œil averti.

St Martin Lys, chemin de halage, photo 1 St Martin Lys, chemin de halage, photo 2 St Martin Lys, chemin de halage, photo 3 St Martin Lys, chemin de halage, photo 4

Les restes du chemin de halage
Ces photos rendent mal la perspective, d'autant que le chemin de halage est tout du long occupé par une végétation particulièrement foisonnante...

St Martin Lys, chemin de halage, vue du pont lavoir

Fin du chemin de halage
Remarquez la taille des pierres du mur du ruisseau autour du pont lavoir.
Très vite, que ce soit en amont ou en aval du pont, l'assemblage devient plus grossier.
De fait en amont, on a pris sur le ruisseau pour élargir la route (et faire une courbe dans le lit du ruisseau, courbe qui n'existait pas avant)
De même en aval le mur a été refait lors de la construction de l'école.

St Martin Lys, carte postale ancienne - vue du bas du port

Vue de bas
Carte postale ancienne montrant la fin du chemin de halage jusqu'au port

Pour illustrer ces propos un extrait de Portraits et histoire des hommes utiles - Volumes 7 à 8 de 1839 - article de Louis Amiel

C'est ainsi qu'après avoir abattu les sapins de la forêt des Fanges, qui couronnent les rocs de la rive droite, ils sont encore obligés de les traîner souvent, à force de bras, de ce point jusqu'aux bords de l'abîme du fond duquel nous venons de voir planer les aigles, et de là les précipiter dans la rivière, qui les charrie jusqu'à Quillan.
Que si, par un de ces accidents qui ne sont pas rares, un de ces mâts gigantesques s'implante, dans sa chute, aux| anfractuosités de cette muraille cyclopéenne et y reste suspendu, ils sont obligés de se faire descendre par une corde jusqu'à lui, et s'efforcent, ainsi balancés dans le vide, de le faire tomber.
Mais là ne finit pas le danger ; leurs compagnons, armés de longs harpons, attendent au bas de la muraille que le sapin soit tombé, pour le dégager à leur tour des rochers dont le lit de la rivière est hérissé, et le diriger jusqu'à sa sortie du défilé. Or, il arrive presque toujours qu'au lieu de suivre immédiatement le fil de l'eau, le sapin se place en travers. Il faut alors se hâter, de peur que d'autres sapins qui tombent incessamment en amont ne viennent, en le heurtant, former par leur réunion un barrage, dont le moindre inconvénient serait de prolonger la besogne pendant des semaines et souvent des mois entiers.
Aussi, à peine est-il dégagé, que l'un des travailleurs s'élance sur son dos et le dirige dans la nuit du défilé, modérant ou hâtant sa course, avec son harpon qui lui sert d'éperon et de frein ; tantôt plongeant avec lui, en le tenant enlacé à plat-ventre, dans les goulets rapides, sous la voûte surbaissée des rochers; tantôt, quand sa fougueuse monture va se précipiter dans un gouffre, la quittant d'un bond, et sautant de roc en roc pour aller l'attendre plus loin, et la piquer de nouveau au moment où elle émerge écumante des remous furieux, sans oublier un seul instant, au milieu de ces évolutions, que d'autres compagnons, pareillement montés, chevauchent derrière lui, et qu'il doit redoubler de prestesse et d'efforts pour éviter leur choc imminent.


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