La RD 118 suit l'Aude de Quillan à Escouloubre les Bains en passant Par St Martin, Axat, Gesse, Usson-les-bains. Très peu d'habitat le long du fleuve au dessus d'Axat (A cause du passage des pillards le long de cette "voie facile" d'accès).
Cette route était précédement la Route Nationale 118. Route qui n'a été percée que dans le dernier quart du XIX° siècle.
Après le percement de la RN 118 suivant l'Aude, l'ancien chemin Vauban reliant Quillan ou Puivert à Mont-Louis fut abandonné.
Aussi, les villages qui se trouvaient sur les contreforts du petit plateau de Sault dans les hauteurs de l'Aude, traversés par cette route Vauban se retrouvèrent alors très isolées.
Une route partant de l'ancienne nationale 118 fut alors percée pour donner un accès aux communes de Fontanès de Sault et de Campagna de Sault.
La route reliant les 2 communes fut améliorée, avec le percement d'un tunnel sous l'ancien chateau de Dournès, mais n'est resté qu'un large chemin de terre.
La nationale 118 a été déclassée depuis en Route départementale 118.
Le chemin Vauban est devenu une partie du GR7. Nous le suivrons jusque dans le Donezan avec ses vues sur l'ancien chateau d'Usson qui domine l'Aude et ses ponts pour arriver jusqu'à Rouze
Vue du cours de l'Aude (même si on n'aperçoit pas la rivière), vers Bessède et Le Clat
Vue du château d'Usson
Abreuvoir du haut du villages
Ferme du haut du village avec ses gentils chiens
Eglise et cimetière
Ancienne école communale devenue mairie
Maison de la réserve naturelle TM71 - cette maison est transversale avec la rue de dessus
Abreuvoir du bas du villages
Panneaux informatifs présents dans le villages (cliquer pour avoir une meilleure définition)
Vue du village depuis le tunnel de Dournès
Panneau de présentation du chemin Fontanès / Campagna de Sault et creusement du tunnel pour raccourcir l'ancien chemin Vauban (cliquer pour avoir une meilleure définition)
Le Tunnel sous l'ancien Chateau de Dournes
Panneau de présentation du château médiéval de Dournes (cliquer pour avoir une meilleure définition)
Vue de la plateforme du chateau depuis le chemin Vauban
Vue du rocher du point haut du chateau de Dournes - premier plateau
Premier plateau, ancienne citerne ?
Vue depuis le premier plateau de Fontanès de Sault
Vue depuis le premier et deuxième plateau vers Bessède (ou le Clat ?)
Vue du deuxième plateau depuis le premier
Vue vers le château d'Usson
Vue de la route de Fontanès depuis le château
Vue du premier plateau depuis le deuxième - remarquer la seule rangée de pierre subsistante du chateau
Vue du troisième plateau depuis le deuxième
Vue du troisième plateau et du cours de l'Aude vers Bessède (ou le Clat ?)
Panneau descriptif du chemin Vauban à Campagna de Sault
Premières constructions du village de Campagna
Ancienne maison d'école de Campagna devenue Mairie
Maison Campagna
Entrée de la maison d'école de Campagna devenue Mairie
Eglise de Campagna de Sault
Jouets en libre service sous le porche de l'église
Tour de l'église par le cimetière
Monuments aux morts
abreuvoirs
Chemin de randonnée "Boucle de Campagna"
Château d'Usson, dominant l'Aude au confluant avec la Sonne
Vue vers Querigut
Bordure du chemin Vauban (GR 7)
Le plus grand des 2 ponts Vauban avant Rouze
Arrivée à Rouze
Information Donezan - Le quartier des Granges
Porche de l'église de Rouze
Mairie de Rouze Rouzee
Cartes postales et photos proposées par Thierry Meynier sur son facebook et sur le site du SESA.
1876
Bulletin de la Société des sciences physiques et naturelles de Toulouse - Volume 3
Le massif du Laurenti - Ancien Donezan - Canton de Quérigut Par Ernest Marie Jules Jeanbernat, Edouard Timbal-Lagrave [Article reparu en 1879 dans "Le massif du Laurenti - Pyrénées françaises. Géographie, géologie, botanique"]google livres
[Cet article est globalement basé sur l'espace correspondant à cette page. Ci-dessous j'ai extrait les passages qui m'ont paru le plus en rapport avec mon site. D'autres passages seraient pertinents comme ceux relatifs à la flore, voir directement l'ouvrage en suivant les liens.
Quand j'ai lu ces extraits, je me suis rendu compte que j'avais oublié de publier les photos du chateau d'Usson que j'avais prise depuis le chemin Vauban... Anomalie réparée.
L'ouvrage a été réalisé avant la fin des travaux sur la RN 118 le long du cours de l'Aude.]
[p 10] I APERÇU GÉOGRAPHIQUE ET GÉOLOGIQUE.
Géographie. Du pic de Carlitte (2,920 mètres), point culminant du massif autour duquel la Sègre, la Tét, l'Aude et l'Ariège prennent leurs sources, naît une arète très-importante, dirigée du sud au nord, qui non-seulement sépare les bassins de ces deux derniers cours d'eau, mais encore fait partie de la grande ligne de partage des versants européens de l'Océan et de la Méditerranée. De cette arète au pic de Campras (2,554 mètres), c'est-à-dire à une douzaine de kilomètres environ de son point de départ, se détache, à angle droit, un chaînon latéral d'une dizaine de kilomètres de longueur, qui se dirige de l'ouest à l'est pour aller se terminer brusquement au bord de l'Aude, qui coule du sud au nord, parallèlement à l'arète de partage ; nous donnerons à ce chaînon le nom de Chainon du col des Ares. A dix kilomètres plus au nord, l'arête de partage émet encore à angle droit, au pic de Lafajolle (2,027 mètres), un autre chaînon latéral, auquel nous donnerons le nom de Chainon de Mijanès, qui court parallèlement à celui du col des Ares et s'interrompt également, comme ce dernier, au bord de la sauvage tranchée de l'Aude. L'espace ainsi limité par l'arête de partage, les chainons du col des Ares et de Mijanès et l'Aude, constitue le petit bassin hydrographique de la Sonne, et c'est à ce petit bassin, qui formait autrefois le petit pays du Donezan et est devenu aujourd'hui le canton de Quérigut, dans le département de l'Ariége, au mépris de toutes les données géographiques qui le rattachent au département de l'Aude, que nous donnons le nom de Massif du Laurenti, dénomination tirée d'une de ses principales vallées bien connue du monde scientifique.
Il a la forme d'un quadrilatère, borné : au sud, par le Capsir, qui fait partie du canton de Montlouis (Pyrénées-Orientales), à l'ouest, par les vallées de l'Ariège, d'Orlu et de la Lauze d'Ascou, dépendances orientales du canton d'Ax (Ariége) ; au nord, par le haut Rébenti et le vallon de Campagna qui se rattachaient autrefois au pays de Sault et rentrent aujourd'hui dans le canton de Belcaire (Aude) ; enfin, à l'est, par l'Aude et le puissant rempart du massif de Madrès, portion méridionale du canton d'Axat (Aude) dont une fraction entrait autrefois dans la composition du pays de Sault.
[p 13] 3º Chainon de Mijanès. - Ce chainon, malgré son altitude considérable, car elle est en moyenne de près de 2,000 mètres, a un aspect pastoral sur presque toute son étendue supérieure, et ce n'est que vers le point où il se rapproche de l'Aude, que le rocher forme la majorité de ses pentes. Il court à peu près de l'ouest à l'est sans présenter d'inflexions bien marquées. Ces principaux sommets, qui ne sont en général que de petites saillies rocheuses perdues au centre de larges croupes herbeuses, sont les suivantes à partir du pic de Lafajolle, son point d'attache le pic de Fontargente (1,949 mètres), le Roc des Loubatchs (2,010 mètres), le Roc d'Entagel (2,000 mètres), le pic de Soulanès (1,788 mètres), longue crête hérissée de dentelures profondes, enfin l'humble Roc de Cira (1,525 mètres) qui domine immédiatement la gorge de l'Aude. Aucun col, un peu fréquenté, n'existe sur ce chainon ; on peut cependant mentionner les trois suivants, à travers lesquels se glisse un sentier praticable aux piétons : le col de Trabesses (1,900 mètres), entre le pic de Fontargente et le Roc des Loubatchs, la Porteillede Campagna (1,700 mètres), entre le Roc d'Entagel et le pic de Soulanès, enfin le col de Cira (1,500 mètres), entre le pic de Soulanès et le Roc de Cira. Le premier conduit au village de Lafajolle, dans le val supérieur du Rébenti, les deux autres dans le petit vallon de Campagna.
[p 18] Quant à la Sonne, elle n'a pas de bassin propre, car elle résulte de la réunion de la Bruyante et du Laurenti au bas de Rouze, et, après un trajet de 2 kilomètres environ, elle tombe dans l'Aude sous la butte escarpée d'Usson.
Enfin, pour compléter l'hydrographie du massif, nous dirons quelques mots de l'Aude qui lui appartient par sa rive gauche. Après avoir arrosé le Capsir où il prend sa source, le fleuve s'engage, à 1,300 mètres d'altitude, dans une tranchée profonde creusée entre le chainon de Quérigut, à l'ouest, et le puissant massif de Madrès à l'est, passe aux bains d'Escouloubre et de Carcanières, et, après un trajet de 10 kilomètres à vol d'oiseau, reçoit la Sonne à 800 mètres d'altitude. Sur sa rive gauche, les deux petits ruisseaux de la Galinière et de Carcanières, nés sur les pentes orientales du chaînon de Quérigut, lui apportent l'insignifiant tribut de leurs eaux.
[p 94] QUERIGUT
On comprend sans peine qu'après ces trois jours de courses fatigantes, nous éprouvions le besoin de prendre quelque repos, aussi le lundi matin fut-il employé à la préparation de nos récoltes et à diverses promenades aux alentours du village ; l'une d'elles nous fournit l'occasion d'assister à la pêche de la truite, opérée à notre intention dans la Bruyante où elle abonde. Après le déjeûner, nous sentant parfaitement reposés, nous décidons d'aller explorer les pentes terminales du chaînon de Mijanès, lesquels, on le sait, vont mourir au bord de l'Aude, au delà de Rouze. C'est une véritable partie de plaisir, car une ancienne route, établie par Vauban pour le transport des canons à la citadelle de Montlouis, continue cette partie de la montagne à miflanc. Nous descendons d'abord à Rouze par une bonne route carrossable, mais un peu trop rapide, et, à l'entrée du village nous prenons à gauche un raccourci qui longe la base des rochers de Cira et rejoint en ligne droite le chemin de Vauban. Sous ces rochers nous récoltons, non sans surprise, une espèce absolument nouvelle pour les Pyrénées, et qu'on ne pouvait s'attendre à rencontrer à pareille altitude : c'est le Ruta graveolens L. Elle y est très-commune. Nous voici sur l'antique voie, large à peine de deux mètres, par laquelle ont passé autrefois les convois d'artillerie, et l'on s'étonne qu'ils aient pu y circuler, tant les courbes qu'elle décrit sont brusques et fréquentes. Mais la pente est modérée et nous nous élevons doucement sur le flanc dénudé de la montagne. La végétation perd tout à coup son caractère alpestre pour revêtir un facies méridional, car lethym, la lavande, et le ciste à feuilles de laurier croissent en abondance autour de nous sur les schistes calcaires du silurien. Bientôt nous pouvons contempler dans toute sa sombre majesté le défilé sauvage au fond duquel, à plus de 300 mètres au-dessous de nous, l'Aude précipite son cours torrentueux. Cette gorge, aux versants presque verticaux, coupés de distance en distance par des arêtes transversales qui projettent en saillies prononcées leurs falaises abruptes surmontées de dentelures profondes, semblables aux créneaux d'un castel féodal démantelé, produit une vive impression. Les bois recouvrent les pentes opposées qui dépendent du pic de Laguzou (1,382 mètres), l'une des cimes coniques du groupe d'Escouloubre. Au nord, au point où la gorge s'infléchit brusquement à l'est sans rien perdre de son aspect sévère, on aperçoit, au delà de Fontanes, le rebord du vaste plateau de Sault et le col des Aichides (1,011 mètres) qui conduit à Aunat. Enfin au sud, au confluant de la Bruyante et de l'Aude, se dresse le roc perpendiculaire que couronnent les tours et les murailles ruinées du château d'Usson en apparence suspendues sur le précipice. Cette vue grandiose n'est pas un des moindres charmes de cette course facile. Pendant une heure nous marchons ainsi presque de plain-pied, contournant les diverses arêtes du versant séparées par d'étroits ravins où sont quelques maigres cultures disposées en gradins ; puis, au détour d'un dernier promontoire, nous pénétrons dans le vallon profondément encaissé où gît le village de Campagna de Sault. Ce village se cache à 900 mètres d'altitude dans un repli dissimulé derrière de hauts rochers escarpés, au fond d'un ravin descendu du pic d'Ourthizet aux assises devoniennes vivement colorées. C'est une thébaïde, une véritable solitude, bonne pour un couvent de trappistes, séparée du reste du monde par de hautes sommités du faîte desquelles on peut seulement l'apercevoir, et que le soleil délaisse pendant neuf mois. En vérité, lorqu'on le découvre pour la première fois au fond de l'immense entonnoir dans lequel il s'abrite, on se demande avec stupeur comment la pensée de fonder une colonie dans un pareil gouffre a pu germer dans une cervelle humaine en possession de toutes ces facultés. Quoi qu'il en soit, le fait existe et les descendants de cet homme évidemment misanthrope au dernier degré, enchaînés au sol qui les a vus naître et qui les nourrit encore tant bien que mal, ne cherchent pas à fuir ce désert pour aller gagner ailleurs, à meilleur compte, leur misérable existence. Et c'est poutant en faveur de cette population routinière et peu intéressante, que les partisans des pacages, a tout prix, font bon marché de l'intérêt général, et s'insurgent à grand renfort de mots vides et sonores contre tout projet de reboisement qui pourrait l'obliger à quitter, à son grand avantage, cette terre ingrate, où elle se condamne elle-même à végéter ! O philanthropie, voilà bien de tes coups !
[p 112] VI LA VALLÉE DE L'AUDE. - LE COL DES ARES. - LE RETOUR.
Avec la course du lac de Quérigut, l'exploration des hautes régions du massif était complète, et, à la rigueur, nous aurions pu terminer là nos excursions, en laissant de côté la vallée de l'Aude et le chaînon de Quérigut, dont l'importance est fort secondaire. Cependant, comme cette visite pouvait aisément se faire en un jour, nous préférâmes l'entreprendre afin de n'avoir aucun reproche à encourir. Le lendemain donc, nous partons à six heures, et nous descendons d'abord à Rouze, par la route carrossable déjà parcourue par nous quelques jours auparavant. Là, nous traversons la Bruyante sur un pont bâti par Vauban, pour repasser presque aussitôt sur la rive gauche immédiatement en aval du village. Les bords de la rivière, qui roule ses flots tumultueux dans un lit mal endigué et parsemés d'ilots, sont égayés parde vertes prairies complantées de beaux peupliers ; les versants, très-rapprochés, sont au contraire tristes et nus. Un peu plus bas, une solution de continuité dans le versant de droite livre passage au Laurenti qui vient se jeter dans la Bruyante, les deux torrents réunis prennent alors le nom de Sonne. La route, jusqu'alors tracée à une assez grande hauteur au-dessus de la rivière, s'en rapproche peu à peu, en même temps la raideur de la pente diminue. Nous voici (856m), au point où le petit chemin qui conduit à Usson vient s'embrancher et traverse la Sonne sur un pont de bois. Les versants de la vallée s'écartent pour faire place à un bassin triangulaire de prairies, où s'opère la jonction de la Sonne et de l'Aude (840 mètres) ; c'est le point le moins élevé de tout le massif. Dans l'angle formé par le confluent des deux cours d'eau, se dresse le roc perpendiculaire qui porte à son sommet les ruines du château d'Usson, lequel vu d'ici fait une tout autre figure que des divers points desquels jusqu'alors nous avions pu l'apercevoir. Malgré cela on en est toujours à se demander le voyant, par quelle aberration d'esprit les anciens seigneurs du Donézan ont pu être amenés à établir leur résidence favorite dans une situation aussi bizarre. Le château commandait le cours de l'Aude, nous dira-t-on peut- être ; par conséquent la position n'était pas déjà si mal choisie. Oui, sans doute, mais comme à cette époque aucun sentier ne remontait cette vallée car le Donezan ne communiquait alors avec le bas pays que par le col de Paillères et Escouloubre, routes sur lesquelles ledit château, dominé de toutes parts par des hauteurs facilement abordables, ne pouvait avoir d'action prépondérante, le jugement porté sur l'état mental des sires d'Usson doit être considéré, jusqu'à preuve du contraire bien entendu comme l'expression de la vérité.
Nous franchissons l'Aude sur un beau pont, tout flambant neuf, qui livre passage à la nouvelle route nationale nº 118, d'Albi en Espagne, encore inachevée, qui d'Axat au Capsir doit suivre constamment les bords du fleuve, et nous en remontons la rive droite. La promenade est charmante sur cette belle et large voie aux pentes ménagées qui suit tous les contours de la gorge, au fond de laquelle elle parvient tout juste à trouver place. L'Aude, large d'une dizaine de mètres, n'est qu'un torrent sans profondeur qui coule entre deux berges gazonnées où sont quelques beaux arbres Le versant de la rive gauche, très-escarpé et flanqué de saillies rocheuses ruinées, est couvert d'un maigre taillis de hêtres ; celui de droite, dépendant du pic, bien nommé, de la Garrigue (1,376 mètres), l'une des sommités du groupe d'Escouloubre, n'est qu'un raide talus d'éboulis brûlés par le soleil, où croissent d'épais buissons d'églantiers, de genèts et de cistes à feuille de laurier. Somme toute, la gorge n'a rien de cet aspect sinistre et effrayant qu'il est de mode de lui attribuer ; c'est tout simplement une de ces vallées étroites et encaissées comme on en rencontre à chaque pas dans les montagnes ; elle a la plus grande ressemblance, par exemple, avec les vallées de l'Aveyron et du Viaur, au-dessus de Laguépie, lesquelles n'ont jamais eu la malechance d'être caractérisées par d'aussi désagréables épithètes. Tout ce qu'on pent lui reprocher, c'est évidemment la monotonie, car les accidents de terrain qui se succèdent sur ses deux versants manquent de variété et de grandeur, sauf pourtant vers le nord, où le pic d'Ourthizet détache nettement sa pyramide élancée sur le fond bleuâtre de l'horizon.
Au bout d'une heure de marche, le paysage se modifie cependant : la gorge devient plus étroite et les pentes de la rive gauche, formées de rochers perpendiculaires et hérissés de saillies de formes bizarres, prennent un aspect réellement sauvage. D'importantes constructions apparaissent au milieu des falaises abruptes de la rive gauche, et bientôt après, au bord de la route sur la rive droite, nous sommes en présence du groupe thermal d'Escouloubre et de Carcanières, situé au point de contact du granit et des schistes cambriens.
Les bains d'Escouloubre, situés sur la rive droite à 900 mètres d'altitude environ, sont alimentés par quatre sources sulfurées sodiques, dont la température varie de 29° 50 à 45° 20 ; une seule d'entre elles est utilisée en boisson ; les trois autres alimentent l'établissement du Bain fort, contenant six baignoires et une douche, et le Bain doux qui renferme également une douche et une dizaine de cabinets de bains. Les malades peuvent loger dans deux hôtels; le principal met à leur disposition une trentaine de lits; l'autre n'est qu'une sorte de caravansérail où l'on git pêle-mèle. Logements et bains reviennent à 80 с. par personne et par jour. Le nombre des malades qui fréquentent les thermes est en moyenne de 300 chaque année ; ils appartiennent pour la plupart à la classe pauvre.
On s'y rend le plus ordinairement par Quillan et Axat, et, sur les pentes abruptes qui conduisent au village d'Escouloubre, placé plus haut dans un vallon parallèle à l'Aude, on aperçoit, non sans stupeur, l'horrible route qui seule en permet l'accès. Taillée dans le roc et large à peine de quelques mètres, elle ne peutdonner passage qu'à d'étroits véhicules spécialement construits pour la circonstance. Malgré cela on est à se demander comment ces voitures peuvent sortir sans encombre des courbes insensées et des rampes ridiculement exagérées dans lesquelles elles sont forcées decirculer, à leurs risques et périls. Et si l'on ajoute que sur plus de la moitié des parcours le moindre écart aurait pour effet de précipiter pèle-mèle, chevaux, patache et voyageurs, dans de profonds ravins où la chute serait mortelle, l'on ne peut s'empêcher de reconnaître que l'Administration des Ponts et Chaussées a peu de souci, en ce point, de la vie des malheureux baigneurs.
Sur l'autre rive de l'Aude sont les bains de Carcanières qui comprennent deux établissements rivaux, celui de la Barraquette et celui d'Esparre.
Les deux établissements, vulgairement appelés la Barraquette, sont alimentés par des sources sulfurées sodiques, très-efficaces contre les catarrhes chroniques des muqueuses, les rhumatismes, les scrofules, les ulcères, les maladies de la peau invétérées, principalement de nature herpétique, les maladies de la gorge, la gravelle, les catarrhes de la vessie, les affections douloureuses des voies urinaires, les plaies de mauvaisę nature, etc., etc.
Il n'existe pas d'analyse très- récente des eaux de Carcanières, caron nepeut compter comme telle les essais sulfhydrométriques faits par M. le professeur Filhol, il y a peu d'années. En 1852, le docteur Alibert Constant, médecin-inspecteur des eaux minérales d'Ax, traça dans le tableau ci-dessous les noms des sources, leur température et la quantité de sulfure de sodium qu'elles contiennent par litre.
| NOM DES SOURCES. | Température. | GRAMMES de sulfure de sodium par litre. |
|---|---|---|
| 1 Source Mis | 55,50 | 0,027342 |
| 2 Source de Campoussy | 54,00 | 0,019890 |
| 3 Source de Roquelaure | 36,00 | 0,013650 |
| Buvette de Roquelaure (midi) | 33,00 | 0,014913 |
| 4 Source Barraquette | 31.00 | Alcaline, |
| Buvette de Roquelaure (nord) | 25,00 | 0,009915 |
Quelques-unes de ces sources sont très-abondantes ; leur limpidité est parfaite et elles ne blanchissent pas à l'air. Leur saveur est franchement sulfureuse. Celle de la Barraquette seule a une saveur sucrée assez marquée, quoique sulfureuse, elle ne noircit pas quand on la traite par l'acétate de plomb. Elle ramène au bleu le papier de tournesol rougi par les acides et verdit le sirop de violette, elle est donc alcaline.
Toutes les sources, à l'exception de la précédente, laissent croître dans leurs réservoirs et sur leur parcours de la sulfuraire, et offrent des dépôts plus ou moins abondants de Barègine. La plupart d'entre elles, et notamment la source Mis, colorent les houppes flottantes en rouge, ce qui indique qu'elles contiennent du fer.
Les malades sont logés dans trois maisons qui renferment soixante-quinze chambres propres et dont l'ameublement, malgré sa simplicité, n'exclut pas le confortable. Les prix des chambres des bains et de la buvette sont ainsi établis, y compris les douches : 1re classe, 1 fr. 50 c. par jour; 2º classe, 1 fr. 25 c.; 3º classe, 1 fr. En y comprenant la table d'hôte, laquelle est fort bien servie, les prix deviennent les suivants : fre classe, 6 fr.; 2º classe, 4 fr.; 3º classe, 2 fr. 50 c. En outre, toutes facilités sont données aux personnes qui préfèrent faire elles-mêmes leur ménage, on leur fournit les ustensiles de cuisine, la vaisselle et le couvert sans augmentation de prix. Des cuisines spéciales sont à leur disposition dans l'établissement. Enfin, les personnes qui logent dans les établissements rivaux paient par bain 0 fr. 40 c., et par douche 0 fr. 50.
Malgré l'état déplorable des voies de communication, le nombre des étrangers qui fréquentent les bains de la Barraquette est chaque année de plus de 300 ; l'établissement reçoit, en outre, de 60 à 80 indigents à titre gratuit, sur un certficat délivré par les médecins, les maires ou les bureaux de bienfaisance.
L'établissement Esparre, situé en amont du précédent, immédiatement en face des bains d'Escouloubre, contient 12 baignoires alimentées par deux sources sulfurées sodiques dont la température varie de 36°, 75 à 49°. Une autre source est utilisée seulement en boisson ; une quatrième n'est pas encore employée. La partie de l'établissement destinée à la réception des malades vient d'être récemment reconstruite. En moyenne, l'établissement d'Esparre est visité chaque année par 300 étrangers venant principalement de Carcassonne et de Limoux.
Répétons ici, en terminant cette courte notice, que les bains de Carcanières ont une existence fort ancienne, et que, malgré leur situation isolée dans la profonde tranchée où ils semblent se dérober à tous les regards, ils ont été depuis bien des siècles en faveur parmi les habitants des contrées voisines ; et il est certain que, lorsque l'administration supérieure aura enfin pu faire terminer la nouvelle route n° 118 d'Albi en Espagne qui doit remonter constamment le cours de l'Aude, les bains du groupe d'Escouloubre et de Carcanières pourrontenfin conquérir le rang distingué qui leur revient parmi les eaux thermales sulfureuses des Pyrénées.
En amont de l'établissement d'Escouloubre, la route se prolonge encore pendant quelques centaines de mètres, puis elle se termine brusquement à l'entrée d'un étroit ravin, où rampe un petit sentier qui s'élève directement au col du Caravel. Pour continuer à remonter le fleuve, nous sommes alors obligés d'en suivre le bord immédiat à travers des prairies et des champs cultivés qui se développent en étroites bandes à la base des rochers. Le paysage conserve toujours le même aspect monotone et sévère ; seulement nous constatons que le versant de la rive gauche, de moins en moirs abrupte, tend peu à peu à s'humaniser. En quinze minutes nous atteignons Fach, petit groupe de constructions placé à la base d'une butte conique dénudée (1,182 mètres). Au-delà, l'Aude coule dans un canal bordé de parois rocheuses peu élevées mais infranchissables qui se prolongent jusqu'au pont du Capelier, c'est-à-dire sur plus de six kilomètres, et nous otent toute possibilité d'en remonter le cours. Force nous est donc de passer sur la rive gauche sur le mauvais pont de bois qui réunit les deux rives, pour nous élever par de raides zig-zags dans un petit vallon boisé, qu'arrose un maigre ruisselet, qui doit nous permettre d'arriver au sommet du chaînon de Quérigut. Nous ne tardons pas à perdre de vue la vallée de l'Aude. Aux hêtres succèdent les chènes, puis des cistes à feuilles de laurier finissent par envahir complétement le sol. La pente très-raide et exposée à toute l'ardeur du soleil est très-pénible à gravir, et c'est avec un sentiment de satisfaction non équivoque que nous débouchons sur le faîte du chainon formé de plateaux cultivés, dont le sol sablonneux laisse percer çà et là le squelette de la montagne, sous la forme de pitons granitiques aux saillies fracturées, dont les fragments entassés ressemblent aux ruines de constructions antiques ; la végétation représentée principalement par de nombreux pieds de Carlina Cynara Pourr., aux larges capitules entourés de feuilles rayonnantes qui leur donnent assez l'air d'araignées gigantesques à l'affût, est sans intérêt. Agauche, l'Aude apparaît au fond de sa tranchée où les bois sont de plus en plus épais ; elle décrit en ce point une forte courbe pour prendre la direction du sud. Sur le versant opposé, au-dessus de grandes pentes dénudées, la sapinière du Carcanet (1,889 mètres) couvre les flancs du Madrès ; au nord, le village de Carcanières, au pied de sa butte granitique (1,258 mètres), se distingue à peine des champs grisâtres qui l'environnent. Enfin, du sud au nord et en demicercle, depuis le col des Ares, qui nous est caché par un mamelon boisé, jusqu'au pic d'Ourthizet, se dressent orgueilleusement les principales sommités du massif avec lesquelles nous sommes entrés en relation ces jours derniers.
Nous nous dirigeons en ligne directe vers le mamelon boisé (1,633 mètres), derrière laquelle se trouve le col des Ares éloigné d'environ cinq kilomètres à vol d'oiseau. La région triste et désolée que nous parcourons, vue d'une certaine hauteur, paraît sensiblement horizontale, mais c'est là un trompe-l'œil, car en réalité elle est composée d'une succession de plateaux ondulés séparés par des vallons assez profonds, qui débutent brusquement sous les pas des voyageurs, de sorte que nous en sommes réduits à exécuter une série de montées et de descentes, lesquelles à la longue finissent par être très fatigantes. Une heure se passe de la sorte. Au bout de ce temps, qui nous parut interminable nous parvenons à l'origine d'un vallon, où coule le ruisseau de la Galinière, c'est le dernier que nous ayons à franchir avant d'atteindre la base du cône boisé, qui depuis le sommet du Fach nous sert de point de repère. Profondément encaissé et tapissé de prairies tourbeuses, il nous fournit quelques bonnes espèces. Un peu au-dessus de l'endroit où il se jette dans l'Aude, la gorge, du fleuve, jusque- là resserrée, s'élargit en un petit bassin ovalaine verdoyant, où parmi les sapins nous distinguons sur un monticule les granges et les habitations estivales qui avoisinent le pont dit du Marchand, passage fréquenté par les indigènes, qui par la forêt de Carcanet, les Pla de la Galine et de Madrès, la forêt de Lapazeuil et le col de Jau se rendent à Mosset et de là à Prades par les bains de Molitg. En amont du pont, le défilé, un instant interrompu, reprend son étroitesse jusqu'à l'entrée du Capsir. Nous nous laissons tenter par une excellente source qui jaillit sur le versant opposé du vallon, dans un site ombragé plein de fraîcheur, et nous en faisons notre salle à manger.
Réconfortés par ce modeste repas, qu'à défaut de porteurs, nous avions transportés nous-mêmes, nous nous remettons en marche vers les dix heures. En vingt minutes, la butte qui nons sépare du col est contournée et nous débouchons sur une large croupe couverte de bruyères. Le paysage moins terne a perdu de son aridité. Au sud, une série de monticules rocheux reliés au pic del Ginèvré par les pitons de la Soucarrade, terminent le plateau. Nous le traversons rapidement, et nous ne tardons pas à tomber dans la grande route de Quillan à Montlouis qui s'élève doucement en grands lacets mal entretenus. Dix minutes après nous étions au col des Ares (1,600 mètres), simple échancrure creusée entre les deux rocs insignifiants du l'eyrou et du Bois-Noir. Le revers opposé est coupé brusquement et descend en pente raide jusqu'à l'Aude, dont le canal moins resserré laisse au pied des rochers qui le borde un peu de place pour les prairies, avant de se terminer en face de Puy-Valador pour s'épanouir en la large plaine du Capsir. Du col rien à voir, pour nous du moins, car le petit coin du Capsir qui est en vue est le moins intéressant, surtout après le panorama d'ensemble dont nous avions été gratifiés au sommet du pic del Ginèvré. Seulement d'ici on peut mieux se rendre compte de la constitution du bassin qui occupe le point le plus bas de cette curieuse région, et il ressort des observations faites sur les lieux que cette partie est évidemment l'ancienne cuvette d'un vaste lac morainique aujourd'hui desséché par l'affouillement de la digue qui retenait ses eaux. Cette digue qu'il serait aujourd'hui facile de rétablir à peu de frais barrait le cours de l'Aude au niveau de l'étranglement qui existe en face du Puy-Valador (1,402 mètres), à un kilomètre et demi environ en amont des ruines de la forge qu'on aperçoit au pied même des dernières ramifications du chaînon du col. Comme botanique rien à faire non plus aux alentours, et nous en fûmes réduits, pour emporter un souvenir du col, à récolter quelques échantillons d'Epilobium roseum Screb., dont une magnifique touffe couronnait le roc escarpé du Peyrou. Ce fut donc sans regret que nous quittâmes cette station dépourvue d'intérêt pour reprendre le chemin de Mijanès, où nous arrivâmes en une heure et demie par la grande route qui traverse Quérigut, le Pla et Artigues.
Le moment de dire adieu au massif du Laurenti était arrivé ; le départ fut fixé au lendemain matin, et nous employâmes le reste du jour à emballer soigneusement nos récoltes et nos bagages, ainsi qu'à régler notre note à l'auberge, laquelle note, soit dit à la louange du père Dubuc, sut se maintenir dans des proportions fort convenables. Cela fait, un grand conseil de guerre fut assemblé pour décider par quelle voie aurait lieu le retour, car, afin de varier nos plaisirs et aussi pour rendre notre description du pays plus complète, nous avions résolu de rentrer à Toulouse sans passer par le port de Paillères et la vallée de l'Ariége.
Si l'on laisse de côté cette dernière route qui est sans contredit la plus courte, puisqu'en partant de Mijanès à cinq heures du matin, on peut arriver à destination à neuf heures du soir, on n'a d'autre ressource que de s'engager dans la vallée de l'Aude pour gagner Toulouse par Quillan et Carcassonne. Or, trois chemins conduisent à Quillan : le premier, praticable seulement encore pour les piétons, suit constamment le cours du fleuve ; le second, le seul qui soit carrossable d'un bout à l'autre, passe par les bains de Carcanières, franchit, au col du Caravel, le chaînon qui sépare l'Aude de son principal affluent de la région, l'Aiguette, et par la vallée de cette petite rivière, qu'il descend jusqu'à son embouchure, rejoint le premier chemin en amont des gorges de Saint-Georges ; enfin, le troisième atteint Quillan par le vaste plateau de Sault. Après mûre discussion, nous adoptâmes le premier de ces itinéraires, parce qu'il nous conviait à parcourir cette mystérieuse gorge de l'Aude, dont tout le monde parle, et qui cependant est à peine connue sur près d'un tiers de sa longueur. D'ailleurs, afin de rendre notre travail plus complet, nous donnerons quelques détails abrégés sur les deux autres itinéraires.
1º De Mijanès à Quillan par la vallée de l'Aude. - Le lendemain, après avoir pris congé de notre excellent hôtelier et bu le coup de l'étrier à sa santé, nous partons dès trois heures du matin, car nous n'avons pas moins de trente à trente-cinq kilomètres à faire avant d'arriver à Axat, où le déjeûner doit avoir lieu ; pendant ce temps nos bagages filaient sur les bains de Carcanières où ils devaient nous rejoindre à Quillan par la voiture qui fait, pendant l'été, le service régulier de cette station thermale. Nous descendons d'abord au confluent de l'Aude et de la Sonne par la voie bien connue de Rouze et d'Usson, puis arrivés au pont que nous avions traversé la veille, nous la laissons à droite pour suivre la belle route nº 118 qui serpente sur le flanc gauche de la gorge. En ce point, celle-ci a véritablement l'air sauvage et imposant. C'est un immense fossé aux parois abruptes et à fond assez étroit pour que le fleuve y trouve tout juste sa place, que des promontoires rocheux escarpés et fortement en saillie, dont les arêtes déchiquetées en clochetons, tourelles et dentelures bizarres, mal équilibrées en apparence, et qui ont l'air d'être toujours sur le point de tomber sur la tête du voyageur, coupent de distance en distance. Les versants qui n'ont pas moins de six à sept cents mètres de hauteur verticale sont généralement boisés, surtout à droite. Le fleuve roule ses flots tumultueux entre des berges à pic, taillées dans le roc et découpées, suivant les caprices du courant, en golfes profonds, où il tourbillonne avec une rapidité vertigineuse, ou en caps aigus contre lesquels il écume et bondit. La route, tantôt suspendue en corniche sur le fleuve, tantôt creusée dans la roche, suit toutes les sinuosités de la rive gauche sur laquelle elle est tracée ; c'est une fort belle voie à pente douce et à large section sur laquelle la marche n'est qu'une agréable promenade. En quelques minutes nous atteignons une construction importante bâtie au bord de la route et accolée au rocher escarpé qui forme le flanc de la montagne ; des bouffées de vapeurs sulfurées viennent désagréablement affecter nos nerfs olfactifs. Nous sommes en présence d'Usson-les-Bains.
L'établissement thermal d'Usson-les-Bains est de création récente, mais ses eaux sont connues et très-appréciées depuis longtemps par les habitants du Donezan et des cantons limitrophes de l'Aude et des Pyrénées-Orientales. On y exploite cinq sources sulfureuses. Deux de ces sources jaillissent à environ cinquante mètres en amont, leur température est de 27° centigrades ; on les utilise en boisson seulement. La principale, analysée à l'Ecole des Mines à Paris, a une composition trèsremarquable, ainsi qu'on peut en juger par le tableau suivant des éléments qui entrent dans sa composition.
Pour un litre :
Acide carbonique.............. 0gr 065
- sulfurique.............. 0 015
- chlorhydrique........... 0 005
Silice........................ 0 055
Chaux......................... 0 010
Magnésie...................... traces.
Potasse....................... 0gr 011
Soude......................... 0 032
Arsenic....................... 0 001
Alumine et oxyde de fer....... traces.
Le dépôt recueilli le long du conduit qui recueille cette eau est presque entièrement composé de chaux. Il renferme 7,36 pour 0/0 de sable et d'argile avec des traces de sels solubles, et 0,012 pour 0/0 d'arsenic.
Ces eaux sont très- employées avec succès contre les affections du larynx, du pharynx et de l'estomac, et principalement contre les gastralgies. Elles sont franchement diurétiques et donnent de bons résultats dans les maladies de la vessie.
Dans l'intérieur de l'établissement il existe deux autres sources, dont l'une, d'une température de 24°, est aussi utilisée en boisson. L'autre, dont la température n'est que de 20°, alimente les bains après avoir été chauffée à l'aide d'un serpentin, excellent système qui n'altère pas leur composition. Cette eau est efficace dans le traitement des affections rhumatismales, les maladies de la peau, les affections nerveuses et les plaies. C'est en raison de cette dernière spécialité bien reconnue dans la région, qu'on lui a donné le nom de Fontaine des plaies.
Ainsi que nous l'avons déjà mentionné, l'établissement d'Usson-les-Bains est encore dans une période d'incubation, mais il est certain que lorsque la route nationale n° 118 d'Albi en Espagne aura été terminée, ce qui ne peut tarder, il pourra dès lors prendre tous les développements que comporte la richesse minérale de ses eaux. Pour le moment, il ne renferme que cinq cabinets de bains. Néanmoins les malades peuvent déjà se loger dans l'établissement où se trouvent une table d'hôte et un billard, ainsi que des cuisines particulières affectées aux personnes qui préfèrent préparer elles- mêmes leurs aliments. Aux alentours existent de charmantes promenades le long de l'Aude. On peut visiter les ruines du château d'Usson, les bains d'Escouloubre et de Carcanières, le vallon de Campagna, etc., ou se livrer aux douces émotions de la pêche à la ligne dans le fleuve qui fourmille d'excellentes truites. A l'œuvre donc, et, grâce à ses eaux arsenicales, nul doute que dans quelques années Usson-les-Bains ne soit une des stations thermales les plus connues de la vallée.
Au delà de l'établissement thermal, la gorge tend quelque peu à s'élargir en un petit bassin d'une trentaine de pas de largeur, tout au plus sur deux cents mètres de longueur à peu près, puis elle reprend son étendue primitive. En ce point, à la base des escarpements, jaillit d'une ouverture étroite placée au ras de la route une source extrêmement abondante et limpide, c'est la Fontaine d'Argent (Hount d'Argent en patois local), nom qu'elle tire de la belle couleur blanche de ses eaux ; au sortir de l'aqueduc dans lequel elle traverse la route, elle se précipite dans l'Aude en formant une petite cascade d'un seul jet qui aurait assez de puissance pour animer une grande turbine. Dans le bassin qu'elle remplit au sortir du roc, flottent les longues tiges d'une mousse rare dans les Pyrénées, le Cinclidotus aquaticus Schp. Cette source est évidemment le débouché du drain collecteur dans lequel viennent s'épancher toutes les eaux pluviales tombées sur l'entier chaînon de Mijanès, lesquelles s'infiltrent dans le sol, principalement constitué par des calschistes cambriens et siluriens très-perméables, et vont sourdre au point le plus bas des couches ; c'est ce qui explique l'absence complète de cours d'eau permanents sur toute l'étendue de ce chainon depuis Paillères. Quant à la belle couleur blanche des eaux, elle provient de leur état mousseux, lequel est produit par les nombreux obstacles et la pente considérable du canal tortueux dans lequel elles ont fait une course violente et précipitée avant d'apparaître à la lumière. La route s'élève bientôt pour gagner le faîte d'un large banc rocheux, taillé à pic, dont l'Aude ronge la base ; un maigre taillis de chêne et de hètres, où sont quelques bonnes espèces, couvre le flanc trèsredressé de la montagne. Cette courte montée est bientôt suivie d'une légère descente, et nous nous trouvons à l'entrée étroite et sauvage du vallon au fond duquel se cache le village misanthrope de Campagna de Sault. Il remonte droit à l'ouest vers la lourde masse du Sarrat d'en Silici (1,966 mètres), qui le ferme et le sépare du haut Rebenti. La forêt de Silvanaire, notre ancienne connaissance, en tapisse le versant nord, tandis que de l'autre côté du ruisseau qui l'arrose, se dressent les escarpements dénudés du pic devonien de la Gouge (1,538m), dont la large tête est bariolée de blanc, de rouge et de vert ; à mi-hauteur, on aperçoit, entaillée dans la roche, la vieille route de Vauban. Ici, au bord du ruisseau, finit le département de l'Ariége et commence celui de l'Aude. Là se termine aussi, mais provisoirement, la route nationale n° 118, et vient s'embrancher le chemin de grande communication de Quérigut à Bélesta par le plateau de Sault ; c'est une partie de la troisième variante de notre itinéraire, et nous y reviendrons en temps et lieu. Nous traversons le ruisseau sur un pont de bois que doit remplacer bientôt un pont de pierre plus sérieux, et nous nous élevons sur cette dernière route pendant une centaine de mètres ; puis, la laissant grimper péniblement à travers tunnels et précipices vers Fontanes, nous nous engageons à droite dans un affreux sentier qui dégringole plutôt qu'il ne descend vers les bords de l'Aude, où il rampe à la base des formidables escarpements percés de grottes du revers oriental de la Gouge. Nous traversons de nombreux éboulis composés de fragments multicolores de ce marbre auquel Sarrancolin a donné son nom, et sur cette rive la gorge a en ce point un air de désolation bien marqué. Sur l'autre, au contraire, une belle forêt de sapins recouvre les pentes ardues de la butte conique de Laguzou (1,382 mètres), du groupe d'Escouloubre, autour de laquelle nous allons bientôt décrire avec le fleuve un demi cercle presque complet.
L'Aude, en effet, qui jusqu'alors depuis sa source avait suivi une direction sud-nord, direction à peu près perpendiculaire à celle des Pyrénées, coupant successivement les granits du Capsir, de Madrès et de Quérigut, et les terrains de transition d'Escouloubre et des chaînons de Mijanès et de Campagna, vient ici, sous Fontanes, à la base du plateau de Sault, se heurter, au point où elle offre le plus de développement, contre la bande de terrains crétacés qui, sur une épaisseur extrêmement variable, court d'un bout à l'autre de la partie moyenne de la chaîne sur le versant français. C'est une barrière formidable de plus de 15 kil. d'épaisseur, sur trois à cinq cents mètres de hauteur verticale au-dessus du lit du fleuve. En présence de cet obstacle, infranchissable pour tout autre qu'un partisan de l'érosion à tout prix, celui-ci, convaincu de son impuissance à s'y frayer un passage, s'est résigné à dévier de sa route pour s'insinuer entre les terrains de transition du rebord des plateaux de Roquefort et d'Escouloubre, et la masse crétacée de celui de Sault, où se trouvait une fracture linéaire dirigée est-ouest. Il s'infléchit donc brusquement dans cette direction qu'il conserve jusqu'à ce qu'au confluent de l'Aiguette, les brisures de Saint-Georges et de Pierre-Lis, qui éventrent tranversalement les couches crétacées, lui permettent de sortir de cette impasse et de se rapprocher de la plaine qu'il ne parviendra à atteindre, au reste, qu'après bien d'autres vicissitudes du même genre.
Dans cette seconde partie de son étendue, longue d'une quinzaine de kilomètres à vol d'oiseau, la gorge, au fond de laquelle l'Aude circule péniblement, quoique peut-être un peu moins abrupte d'une façon générale que la précédente et surtout que celle qui lui succède, est manifestement tout aussi sauvage, et présente un aspect dont on chercherait en vain l'analogue dans le reste de la chaîne. C'est une tranchée très-étroite, profonde de trois, cinq et parfois même six cents mètres, dont les parois, très-inclinées, se cachent sous d'épaisses forêts que le roc perce, çà et là, de dents branlantes, de tourelles fantastiques et de crêtes tranchantes disloquées. Les arbres touffus, serrés et sous le dôme desquels règne une humidité constante, sont envahis par de vigoureuses plantes grimpantes, lianes en miniature, qui donnent à l'ensemble un véritable cachet de forèt vierge. Le lit du fleuve, semé d'ilots boisés et encombré d'arbres morts et de roches moussues, est parfois si resserré entre ses berges sans saillie, que les branches des hêtres des deux rives parviennent à se rejoindre et lui forment un tunnel de verdure, de la voûte duquel pendent de longues tiges flexibles de clématites de Tamus communis L., et d'autres espèces volubiles dont l'extrémité plonge dans l'eau rapide qui les balance gracieusement. Un affreux sentier qui monte, descend et remonte sans cesse, au seul caprice des accidents du terrain, serpente sur la rive gauche dans une demi-obscurité pleine de mystère et se glisse avec peine au travers des troncs d'arbres qui se dressent autour de lui comme une légion compacte. La région, absolument déserte sur presque toute son étendue, n'est fréquentée que par les rares indigènes qui se risquent à la traverser pour aller, par ce casse-cou, du plateau de Sault à celui de Roquefort et d'Escouloubre ; et c'est grand dommage, car elle mérite d'attirer l'attention de tous les amis du pittoresque. Heureusement, dans quelques années, la route nationale n° 118 viendra développer dans cette solitude sa large surface nivelée et ses courbes gracieuses, et alors ce pèlerinage artistique, presque impossible aujourd'hui, ne sera plus qu'une charmante promenade que tout le monde voudra faire.
Pendant près de trois heures nous rampons au fond de ce verdoyant labyrinthe sans rencontrer d'habitations et sans que le paysage éprouve de modification bien sensible. Nous notons, en passant, sur la rive droite, l'embouchure du ravin escarpé où coule le ruisseau de Laguzou qui arrose Escouloubre, et, sur la rive gauche, celle du ruisseau de Bessède, dontle vallon, hérissé de roches fantastiques, remonte vers le village de même nom placé sur le rebord du plateau de Sault à 941 mètres d'altitude. De temps en temps de petites éclaircies dans la masse des arbres nous permettent de glisser un regard vers l'est, dans le prolongement de la gorge, qui semble fermée dans le lointain par le massif rempart d'Estable (1,512 mètres). Puis, au-delà d'une énorme dent canine en marbre devonien implantée au milieu de la gorge, qu'elle barre presque complétement, et qu'il faut contourner à la base sur une chaussée peu solide, empruntée sur le lit de l'Aude qui bondit et écume dans cet étroit passage, nous débouchons tout à coup dans un tout petit bassin cultivé, cerné d'escarpements, où sont les misérables constructions de Gesse. Ce hameau, retiré du reste du monde, est en ce moment plein d'une animation inusitée par suite de la présence de nombreux ouvriers qui travaillent à la construction de la route, dont les terrassements considérables vont bientôt l'atteindre. Cette vue nous réjouit considérablement, nous l'avouons à notre honte, carles trois heures de marche que nous venions d'exécuter dans l'affreux sentier décrit plus haut nous avaient beaucoup fatigués ; maintenant la course sur cette voie large et commode n'était plus qu'un jeu.
Après Gesse, la gorge s'élargit sans rien perdre de son caractère de majesté grandiose. Le versant de gauche, exposé au midi, a presque entièrement perdu sa parure de bois, et laisse voir les formidables escarpements qui supportent le plateau aride où est placé le village de Clat (1,086 mètres). A droite, les sapins de la forêt de Navarre montrent toujours leur sombre verdure interrompue, çà et là, par de larges assises rocheuses de marbre blanc appartenant au terrain carbonifère. Au revers opposé s'étale le plateau où les villages du Bousquet et de Roquefort se chauffent au soleil sous les longues pentes boisées de Madrès. La route taillée dans le roc, ou suspendue sur l'Aude par de grands murs de soutènement, est admirablement construite. Ses pentes sont très-douces et ses courbes à grands rayons. Nous laissons à droite, au bord du fleuve, la chapelle ruinée du Bourbel, fondée sans doute autrefois par un ermite absolument dégoûté du contact de ses semblables ; puis plus loin, sur un mamelon, le hameau de Nentilla (603 mètres), dominé au nord par les falaises perpendiculaire du Roc de Mirailles (1,178 mètres). Puis, au-delà d'un contrefort qui descend en ressauts vertigineux jusqu'à la route, et que surmonte une vieille tour, nous voyons s'ouvrir à droite une large vallée, au débouché de laquelle la gorge se dilate en un bassin triangulaire : c'est la vallée de l'Aiguette. L'Aude se trouve maintenant parvenue à l'entrée de la fracture qui doit lui ouvrir un passage à travers les couches crétacées, dont depuis Fontanes elle longe la base sans réussir à les entamer. C'est un magnifique défilé dont la réputation n'est plus à faire aujourd'hui, car les célèbres gorges de Saint-Georges et de Pierre-Lis, qui en font partie, ont une notoriété universelle. Le fleuve tourne brusquement au nord pour s'y engager. A gauche, les arètes disloquées du Roc de la Couscoulière, étage inférieur de celui des Mirailles, dont la route entame profondément la base, connue sous le nom bizarre de : les Caoussanels, flanquent l'entrée du passage ; à droite ce sont les escarpements du Quérunals (1,225 mètres), à mi-flanc desquels l'ancienne route nº 118 est comme suspendue au-dessus d'un gouffre. En se retournant au sud, le regard, se glissant dans les sinuosités de la vallée de l'Aiguette, remonte jusqu'aux murailles surplombantes du Roc de Bénat (1,259 mètres), qui menace Sainte- Colombe de ses ruines. En vingt minutes nous atteignons un beau pont de marbre, sur lequel nous traversons l'Aude pour passer sur la rive droite, où la nouvelle route vient se souder à l'ancienne. Enfin, nous parvenons à l'entrée des gorges de Saint-Georges que précède un autre petit bassin ovalaire, où le petit ruisseau du Lauzièrel, descendu des hauteurs boisées de Resclauze, vient se jeter dans l'Aude. Ici se termine notre tâche descriptive, car nous sommes en pays connu, et nous nous bornerons à ajouter seulement que nous gagnâmes Quillan, en moins de quatre heures, par Axat, Pierre-Lis et Belviannes ; c'est un trajet de 16 kilomètres environ. A Quillan, nous nous trouvions en pleine civilisation, car la locomotive promène déjà dans son splendide bassin ses longs panaches de fumée, et le chemin de fer nous conduisit à destination en quelques heures.
2º De Mijanés à Quillan par le plateau de Sault. - On suit d'abord la route précédente, par Rouze et Usson-les-Bains, jusqu'au ravin de Campagna. En ce point, on quitte les bords de l'Aude pour prendre le chemin de grande communication de Quérigut à Bélesta, qui s'élève sur le versant de la gorge pour atteindre le plateau. Après avoir traversé plusieurs tunnels creusés dans les flancs marmoréens du pic de la Gouge, on arrive à Fontanes, petit village bâti à mi-côte dans un ravin latéral. Puis on contourne un promontoire cultivé, d'où l'on jouit d'une admirable vue sur la tranchée de l'Aude, visible depuis le château d'Usson jusqu'au confluent de l'Aiguette, l'on ne tarde pas à gagner le col des Clausels, et, au-delà d'une dépression en forme de cuvette dont on fait le tour, celui des Aichides (1,011 mètres), par lequel on débouche sur le plateau de Sault. Ce plateau célèbre, de 12 kilom. de largeur à vol d'oiseau, sur quinze de longueur et d'une altitude moyenne de 900 mètres au- dessus du niveau de la mer, est divisé en deux parties distinctes par la profonde fissure au fond de laquelle le Rébenti coule de l'ouest à l'est à peu près dans son milieu. La partie méridionale, celle que nous venons d'aborder, est loin d'offrir l'aspect d'un plateau nivelé, car elle est parcourue en tous sens par des crêtes et des files de buttes arrondies qui s'entrecroisent et s'anastomosent pour circonscrire de vastes bassins à fond plat, véritables vallées sans issue, dont le sol perméable boit sans difficulté toutes les eaux pluviales, quelle que soit leur abondance. La partie septentrionale, au contraire, est une plaine unie, sans saillies bien accusées, creusée çà et là d'excavations en forme de gouffres et séparée du Razès, qui lui fait suite au nord, par une série de monticules peu élevés, que récouvrent les magnifiques forêts de Bélesta et de Callong aux sapins gigantesques. Notre chemin traverse le plateau dans presque toute sa largeur et du sud au nord. Du col des Aichides on descend d'abord à Aunat (955 mètres), assez gros village aux alentours absolument nus ; et, laissant à gauche Rodome on s'engage dans le petit ravin de Munès, par lequel on gagne le fond de la gorge du Rébenti, réduction de celle de l'Aude, dont elle a tous les caractères sauvages, mais sur une plus petite échelle. On descend le cours de la rivière sur la rive gauche jusqu'au moulin d'Able, où l'on gravit une forte côte pour s'élever sur la partie septentrionale du plateau ; en ce point le château ruiné d'Able, perché au sommet d'une falaise abrupte (956 mètres), fait un effet pittoresque. Une fois sur le plateau, on ne tarde pas à rejoindre la grande route d'Ax à Quillan par Belcaire, qui le traverse de l'ouest à l'est. Au nord, au pied des monticules de la forêt de Callong, est Belvis. On se dirige alors vers l'est par la grande route jusqu'à la Peyre (962 mètres), d'où l'on jouit en se retirant d'une jolie vue sur tout le plateau et sur les cimes qui l'entourent à l'ouest et au sud : le Saint-Barthélemy, le pic de Lafajolle, le Tarbézou, Ourthizet, le pic del Ginèvré, etc., etc. Ici la route décrit une courbe vers le nord- est, contourne une vaste dépression entourée de pitons boisés, et atteint le col de Coudons (800 mètres). Quittant alors définitivement le plateau, on descend au village du même nom et, laissant à gauche la grande route qui décrit d'interminables lacets, on prend un mauvais sentier qui, par le ravin de la Canalette et les bains de Ginales, descend en pente raide vers Quillan ; par cette voie, il ne faut pas moins de sept à huit heures de marche, arrêts non compris.
3º De Mijanès à Quillan par les bains de Carcanières et Roquefort. - On se rend d'abord au village du Pla et, traversant le ruisseau de Quérigut, on gravit une forte côte pour atteindre le Puch placé au sommet du chainon de Quérigut, dont il ne reste plus qu'à suivre le faîte pendant un kilomètre environ pour arriver au village de Carcanières, son proche voisin. On descend ensuite les effrayants lacets qui conduisent aux Bains.
L'Aude traversée, on remonte en écharpe le versant oriental de la gorge par une route étroite, mal entretenue et d'une raideur excessive qui n'est autre chose que l'ancienne route nº 118, qu'on est en train de transporter le long du fleuve, ainsi que nous l'avons dit. Vers le milieu de cette interminable montée, on laisse à gauche et un peu au-dessous le village d'Escouloubre, dont on voit l'étroit ravin descendre rapidement vers l'Aude, sous les flancs boisés du pic de Laguzou. Enfin, un énorme lacet permet d'atteindre le col de Caravel (1,300 mèt.), point culminant du passage. On débouche alors sur un plateau montueux, parsemé de blocs erratiques, et l'on parvient au village du Bousquet, en contournant la base des escarpements du roc de Casteldos (1,430 mètres) qui domine le col au nord. Une légère montée permet de sortir du bassin, sans écoulement apparent, où se trouve le village, et l'on descend à celui de Roquefort (1,009 mètres), en laissant à gauche le hameau de Buillac (1,039 mètres). Au sud, sur les hauts plateaux de Madrès, les bois alternent avec les pelouses. De Roquefort, on n'a plus alors qu'à descendre par le ravin escarpé de la Clarionelle, où sont quelques cascades, pour aboutir dans la vallée de l'Aiguette qu'on rejoint à la base du Roc de Bénat (1,259 mèt.), au midi duquel, sur une petite terrasse, est le village aérien de Counozouls. Ici vient s'embrancher le chemin muletier du col de Jau qui conduit à Prades par Mosset et Molitg La route, un peu moins sommairement entretenue, s'engage dans un petit défilé au sortir duquel on traverse l'Aiguette pour entrer dans le village de Sainte-Colombe, bâti au débouché du vallon de Bailleurs qui naît sur les flancs de la Montagne-Rase (1,845 mètres), dont on aperçoit le dôme arrondi droit au sud. On n'a plus dès lors qu'à suivre la rive droite de la rivière jusqu'à son confluent dans l'Aude, où l'on ne tarde pas à rejoindre la nouvelle route nº 118, en amont des gorges de Saint-Georges. Par cette voie on compte environ 45 kilomètres de Mijanès à Quillan.
Ajoutons, pour terminer l'énumération des divers itinéraires qui permettent de quitter le massif, que les personnes qui désireront prendre la direction de Perpignan ont à leur disposition une excellente route carrossable, qui, par Quérigut, le col des Arecs, le Capsir et le col du Casteillou, atteint Montlouis, où un service régulier de diligences bien montées les conduira à Prades, par Olette et Villefranche. De Prades à Perpignan, il existe une voie ferrée en exploitation dans la même direction.
Enfin mentionnons, mais seulement à l'usage des piétons, une autre voie plus courte et tout aussi intéressante : elle se détache de la précédente à Formiguères, capitale du Capsir, franchit l'Aude naissante à Creu et s'élève immédiatement au col de même nom (1712 mètres) par lequel elle pénètre dans la vallée du Cabrils, affluent de la Têt. Elle n'a plus dès lors qu'à descendre le cours de cette petite rivière, passe à Railleu, puis, après avoir laissé à droite dans son ravin latéral Aiguatebia et Caudies de Montlouis, atteint Talau et enfin Olette, placé au confluent du Cabrils et de la Tèt. Ici elle rejoint la route carrossable de Montlouis à Prades. De Formiguères à Olette par cette voie, on compte 25 kilom. environ.
[Troisième partie - notes et observations p 403] H. sericeum Fourr. ( Chl. Narb. in Mém. Acad. Toul., sér. 1, vol. 3, p. 329.) Timb. - Lagr. ( Reliq. Pourr., p. 130). Lap. (Hist. abr., pl. Pyr., p. 477) non G.G. (Fl. fr. 2, p. 360). Calathides 4-6, grandes; pédoncules longs, uniflores, hérissés, glanduleux ; péricline ovoïde, renflé, à écailles appliquées, non acuminées, couvertes de poils glanduleux assez longs ; ligules à dents peu profondes, ciliolées ; styles jaunes ; achaînes noir obscur et mat. Feuilles blanches-tomenteuses sur les deux faces ; les radicales ovales, largement elliptiques, atténuées en pétiole non ailé, égalant le limbe, dentées, dents étalées, terminées par une pointe formée par unlong mucron quelquefois un peu oblique; la caulinaire inférieure elliptique, amplexicuale, dentée et très-grande ; la supérieure de même forme, mais longuement acuminée. Tiges droites, de 3-4 décimètres, grosses, rameuses dès la première feuille, qui est souvent placée très-bas ; rameaux, 4-6, bifurqués, très-étalés, hérissés-glanduleux au sommet, uniflores. Souche très-vigoureuse, très-laineuse à la base, émettant des rosettes florifères et stériles. Fleurit en août.
Cette espèce habite la vallée de l'Aude sur les rochers calcaires. Nous l'avons récoltée à Usson-les-Bains, à la Pierre-Lis et au Pasdel-Rec près de Sainte-Colombe. Elle est voisine de 1H. phlomoides Fræl., mais s'en distingue aisément par les caractères ci-dessus ex-posés. Elle ne saurait d'ailleurs être confondue avec III. scopulorum Lap. avec lequel elle a certains rapports de ressemblance.